Klaus Huber (1924-2017)

Klaus Huber est né à Berne le 30 novembre 1924.  Son enfance est celle d’un musicien né dans un milieu favorable à la musique, mais pas à la création. Il étudie au Conservatoire de Zürich et obtient son Diplôme de violon (classe de Stefi Geyer) et de didactique musicale. Il poursuit sa formation dans les classes de théorie et de composition de Willy Burkhard, puis complète ses études avec Boris Blacher à la Staatliche Hochschule für Musik de Berlin.
Dès 1961, il entame une longue carrière de pédagogue, il enseigne à la Musikakademie de Bâle, puis est nommé en 1973 à la Staatliche Hochschule für Musik de Fribourg-en-Brisgau, poste qu’il quittera en 1990. Il compte parmi ses élèves nombre de compositeurs d’aujourd’hui, notamment Wolfgang Rihm, Brian Ferneyhough, Michael Jarrell, Toshio Hosokawa.. Klaus Huber a été professeur invité et compositeur en résidence dans le monde entier.
Klaus Huber a reçu de nombreux prix et distinctions dont le Prix Beethoven, le Prix de composition de l’Association Suisse des Musiciens, le Prix des arts de la Ville de Bâle, le Prix Italia, le Prix de la musique de Salzbourg. Il est membre de l’Académie bavaroise des Beaux-Arts, de l’Académie des Arts de Berlin et de l’Académie Libre des Arts de Mannheim, ainsi que membre honoraire de la SIMC et docteur honoris causa de l’Université de Salzburg. Il a été Président de l’Association Suisse des Musiciens de 1979 à 1982.
Klaus Huber est un musicien engagé, non par idéologie mais par humanisme, refusant toutes compromissions conduisant aux dictatures, qu’elles soient politiques ou esthétiques.

Une musique de credo
A la fin des années cinquante, la musique en Suisse n’a pas vraiment connu de musiciens engagés dans le courant que l’on nommait alors d’avant-garde, si l’on excepte le chef d’orchestre et mécène bâlois Paul Sacher et un peu plus tard le jeune Heinz Holliger. De tous les compositeurs de sa génération, Klaus Huber est dans doute celui qui prit alors le mieux la mesure de son temps et qui déploya avec le plus de vigueur l’étendue de son talent, distingué d’ailleurs par de nombreuses récompenses, dont le fameux Prix Ernst von Siemens. Comme pédagogue, son rayonnement international à la tête de l’Institut für Neue Musik de Freiburg-im-Breisgau fut considérable et presque incontournable pour une grande partie de la nouvelle génération, de 1973 à 1990.
Fuyant autant le dogme sériel de l’après-guerre que l’establishment confortable d’une Suisse encore repliée sur les valeurs conservatrices d’un néoclassicisme tardif, sa démarche s’est assez rapidement distinguée par un dépassement des seules préoccupations musicales (rejetant l’idée même de l’Art pour l’Art) pour tendre vers un langage qui puisse se faire l’écho des aspirations humaines, questionnant puis englobant la philosophie, l’éthique, l’altérité remarquable de civilisations extra-européennes ou encore la question du religieux. S’adressant sans détour au cœur des hommes puis s’engageant, profondément, en faveur des sans-voix, des opprimés ou des exilés de notre monde, il attestait de sa compassion envers une humanité déchirée et marquée par les innombrables conflits que connut le XXe siècle.  
Par le prisme d’une expression éminemment personnelle, qui tend vers une sorte d’humanisme, Klaus Huber pense et vit son art comme étant le miroir de notre condition : l’artiste ne peut – ne doit – pas rester sourd aux bouleversements et aux injustices de notre temps mais plutôt en saisir l’essence,  en accueillir les effets. Sa musique, dans sa conception même, est donc universelle. Elle convoque puis intègre les étapes chronologiques de notre histoire dans un champ sonore d’une exceptionnelle singularité et par l’emploi de formes qui doivent autant à l’art de la Renaissance qu’à la plus pointue des réalisations électro-acoustiques, alors que dans  le registre des textes sur laquelle elle se fonde, elle cite autant les poètes que les mystiques. Puisant au cœur de l’intime, elle exprime parfois jusqu’à l’indicible et voudrait au fond apaiser nos peurs fondamentales, dans une démarche marquée – malgré l’immense culture dont elle est issue – par une profonde humilité.
A l’occasion du 90e anniversaire de Klaus Huber, la Haute Ecole de Musique de Lausanne, en partenariat avec l’Association Suisse des Musiciens (dont il fut le président  de 1979 à 1982) et la SMC Lausanne sont heureuses de proposer ce portrait en forme d’hommage.
Il témoigne de la reconnaissance et  de l’admiration que nous avons pour l’homme et son œuvre, l’une des plus marquantes qui soit. (William Blank)

BIBLIOGRAPHIE
En français, les éditions Contrechamps ont publié un choix d’Écrits et entretiens représentatif de la pensée de Klaus Huber : Au nom des opprimés, éd. Philippe Albèra, Genève, Contrechamps, 2012.
En allemand, les textes de Huber ont été réunis par Max Nyffeler sous le titre Umgeflügte Zeit, Schriften und Gespräche, Köln, MusikTexte, 1999.
La revue Musik-Konzepte a publié un numéro consacré à Klaus Huber : VIII/2007 (édition text+kritik) qui comporte plusieurs essais sur sa musique.

Oeuvres:

  • ...von Zeit zu Zeit... pour quatuor à cordes (1984) + d'infos
  • Auf die ruhige Nacht-Zeit pour soprano, flûte, alto et violoncelle (1958) + d'infos
  • Cantus Cancricans pour orgue (1965) + d'infos
  • Concerto de chambre "Intarsi" pour piano et 17 instrumentistes (1994) + d'infos
  • Des Dichters Pflug pour violon, alto et violoncelle (1989) + d'infos
  • Ein Hauch von Unzeit pour soprano, clarinette et accordéon (1972) + d'infos
  • Ein Hauch von Unzeit VII pour contrebasse (1972) + d'infos
  • In te Domine Speravi pour orgue (1964) + d'infos
  • Nous ? La raison du coeur pour contralto et ténor (2004-2005) + d'infos
  • Petite pièce pour trois cors de basset (1986) + d'infos
  • Transposition ad infinitum pour violoncelle solo (1976) + d'infos
  • Trio Sabeth pour flûte, alto et harpe (1967) + d'infos

Concerts SMC Lausanne: