Sofia Gubaidulina (*1931)

Sofia Gubaidulina est née en 1931 à Chistopol dans la République Tatare (URSS). Après des études de piano et de composition au Conservatoire de Kazan, elle étudie, à partir de 1954, la composition au Conservatoire de Moscou avec Nikolai Peyko, élève de Chostakovich, et poursuit ses études supérieures avec Vissarion Chébaline.
Sofia Gubaidulina s’est vue stimulée comme compositrice par l'improvisation sur des instruments folkloriques et rituels russes, caucasiens et asiatiques rares rassemblés par l'ensemble «Astraea», dont elle est la co-fondatrice, par leur exploration, par l'absorption rapide et la personnalisation des techniques musicales occidentales contemporaines – une caractéristique qu’elle partage avec d'autres compositeurs soviétiques de la génération post-stalinienne comme Denisov, Silvestrov et Schnittke.
Son attachement à une vision musicale personnelle et singulière l’ont dès le début aliénée de l'establishment musical soviétique, de sorte que le Conservatoire de Moscou déplorait qu’elle se soit engagée dans une «mauvaise voie», mais Chostakovitch lui-même lui conseilla, lors de son examen de fin d’études, de poursuivre dans sa voie. De plus, elle a été soutenue par des interprètes dévoués notamment Gidon Kremer dont l’engagement a largement contribué à la faire connaître au début des années 80.
Petit à petit des commandes affluent du monde entier. En 1985, Sofia Gubaidulina a pour la première fois la permission de voyager à l'Ouest, en 1987 elle se rend en Amérique du Nord. Depuis, elle y est retournée à plusieurs reprises en tant que compositrice invitée et pour un concert rétrospectif à New York. Des partitions comme Pro et contra, le 4e Quatuor à cordes, Dancer on a Tightrope ont été créées aux Etats-Unis, de même que le splendide Concerto pour alto l’a été par Yuri Bashmet avec le Chicago Symphony sous la direction de Kent Nagano: les critiques ont été enthousiastes.
Sofia Gubaidulina a composé nombre d’œuvres symphoniques et chorales, deux concertos pour violoncelle, un concerto pour alto, quatre quatuors à cordes, un trio à cordes, des œuvres pour ensembles de percussion, et beaucoup de partitions de musique de chambre et pour instruments solo.
Sofia Gubaidulina est membre de l’Akademie der Künste à Berlin et de la Freie Akademie der Künste à Hambourg. Elle a obtenu le second prix au Concours international de composition de Rome, le Prix de Monaco, le Premio Franco Abbiato, le Heidelberger Künstlerinnenpreis, le Prix d’Etat Russe, le Spohr-Preis, le prestigieux Praemium Imperiale au Japon et le prix Sonning au Danemark.
Ses œuvres ont été enregistrées pour les labels DG, Chandos, Philips, Sony, BIS et Berlin Classics. Elle a été honorée deux fois par le très convoité Koussevitzky International Recording Award.
Jusqu'en 1992, elle vivait à Moscou. Depuis, elle réside principalement près de Hambourg.
« Sa musique est une musique de l’expression pure et immédiate, elle provient d’un espace intérieur où se reflète d’une part ce qui est originel, élémentaire, premier et d’autre part ce qui renvoie à la notion de transcendance, à un au-delà du réel, à un illimité. » (Philippe Albèra)

Sonorités
La sonorité constitue l’élément central de son esthétique. Non dans le sens de la musique européenne, sous la forme de l’« émancipation du timbre », devenu un élément structurel ou un moyen de transgresser les limites, mais comme phénomène chargé d’un contenu émotif et d’une dimension allégorique, renvoyant aux situations vécues et aux significations religieuses. On ne peut, chez Gubaidulina, dissocier affect et spiritualité, qui se nourrissent l’un l’autre, et sont le moyen d’atteindre une intensité qui, en visant les régions les plus éthérées, devient pure transcendance. Le langage, loin de revendiquer son autonomie et de créer ses propres contenus, comme dans la tradition occidentale de la modernité, est ici conçu comme le médium du sens et l’incarnation du sentiment, à l’intérieur d’un cadre esthétique fondé sur le principe d’imitation.
Dans la musique de Gubaidulina, la forme ne se déploie pas à partir d’éléments thématiques ou structurels, hors les rapports de proportions qui visent à un effet de type physiologique, mais elle repose sur des oppositions entre des formes sonores contrastées, divergentes, qui tendent vers leur propre dépassement : c’est la sonorité qui devient thème. Mais cette sonorité, qui implique une dimension gestuelle forte, n’existe pas comme simple jeu sonore, comme simple forme sensible, avec ses connotations sensuelles ou expressives; elle est chargée d’un sens qui, à travers les péripéties de la forme, sa dramaturgie propre, mènent au moment de la révélation, à une ouverture qui serait à la fois intérieure et cosmique, et qui excède le langage. Le principe formel de la musique de Gubaidulina est la métamorphose, qui implique de constants changements de niveaux. Les moments les plus dramatiques, les passages chaotiques et dissonants, ne constituent que des étapes vers l’apothéose visée, vers cette intériorité au sein de laquelle s’ouvrent des espaces infinis. Aussi les oeuvres instrumentales ne sont-elles pas de la musique pure ou absolue; elles renvoient toujours à des significations, à des images, à des contenus religieux plus ou moins explicites. C’est aussi pourquoi la musique vocale tient une place si centrale dans l’abondant catalogue de la compositrice. (Philippe Albèra)

Oeuvres:

  • Concordanza pour ensemble (1971) + d'infos
  • De Profundis pour accordéon (1978) + d'infos
  • Der Seiltänzer pour violon et piano (1983) + d'infos
  • Detto II pour violoncelle et 13 instruments (1972) + d'infos
  • Duo Sonata pour deux bassons (1977) + d'infos
  • Ein Walzerpass nach Johann Strauss pour piano et quintette à cordes (1989) + d'infos
  • Garten von Freuden und Traurigkeiten pour flûte, alto, harpe et récitant (1980) + d'infos
  • In Croce pour accordéon et violoncelle (1992) + d'infos
  • Points, lignes, zig-zag pour clarinette basse et piano (1976) + d'infos
  • Quasi Hoquetus pour alto, basson et piano (1984) + d'infos
  • Quatuor pour 4 flûtes pour 4 flûtes traversière et 3 flûtes alto (1977) + d'infos
  • Sonate pour violon et violoncelle Freue dich (1981) + d'infos

Concerts SMC Lausanne: