Toru Takemitsu (1930-1996)

Chef de file incontestable de la musique contemporaine japonaise, Toru Takemitsu est né le 8 octobre 1930 à Tokyo. Il fait ses études à la Keika Middle School, puis étudie la composition musicale avec Yasuji Kiyose, il est cependant principalement autodidacte. Takemitsu organise, en 1951, un « Atelier Expérimental » avec d’autres compositeurs, peintres, interprètes et poètes. Quelques années plus tard, il devient largement connu pour son Requiem pour cordes, commandé et joué par l’Orchestre Symphonique de Tokyo dirigé par Masashi Ueda. Depuis 1958 et durant toutes les années suivantes, il reçoit de très nombreux et prestigieux prix pour ses compositions. En 1967, Dorian Horizon, commande de la Fondation Koussevitzky, est créée en public par le San Francisco Musica Viva dirigé par Aaron Copland. Cette œuvre obtient le Prix des Critiques Musicaux de la Côte Ouest. Cette même année, il compose November Steps, commande du New York Philharmonic pour son 125ème anniversaire et dirigé par Seiji Ozawa.
Avec Stravinsky, Stockhausen et Eloy, Toru Takemitsu est choisi, en 1971, comme compositeur principal de la Semaine Internationale de Musique Contemporaine de Paris. En 1974, un Festival Takemitsu est organisé à Tokyo à l’occasion du 100ème anniversaire de la Nissei Music Series. En 1976, il obtient le Prix Otaka (Prix d’Excellence de l’année pour les oeuvres d’orchestre au Japon) pour Quatrain. Il est invité en Chine par l’Amitié Internationale de la République Populaire de Chine, comme membre de la délégation musicale du Japon, puis en France, à la Rochelle, aux 6èmes Rencontres Internationales d’Art Contemporain comme membre du jury du concours de flûte. Il est nommé Conseiller Artistique du Festival d’Automne de Paris. A partir de 1981, Takemitsu donne des conférences dans les principales universités des Etats-Unis et du Canada. Il est également invité dans la plupart des festivals de musique contemporaine du monde entier. En 1985, il obtient le Prix Asahi et le gouvernement français l’honore de l’Ordre des Arts et Lettres. Il est également nommé membre du Comité du Conseil Artistique du premier Festival International des Arts à New York. Cette même année, le Grand Prix pour la Musique de Kyoto lui est décerné.
A l’occasion de ses soixante ans, de nombreux festivals (Stockholm, Avignon, Huddersfield) l’invitent et les plus grandes villes du monde organisent des concerts pour célébrer cet anniversaire. Il reçoit le Prix International Maurice Ravel. Redécouvrant Debussy et s’éprenant de Messiaen, Takemtisu est devenu l’artisan d’une synthèse originale entre l’Orient et l’Occident. A la musique française, il empruntait son goût du grand orchestre, sa tendance à un certain hédonisme sonore et à des alliages de timbres raffinés. A l’Orient, le musicien devait sa conception étirée du temps musical et un goût prononcé pour les instruments traditionnels, dont il fit un grand usage. Stravinsky fut un des premiers grands noms de la musique à exprimer de l'admiration pour ses œuvres. Ses compositions couvrent un large éventail de moyens d'expression englobant la musique de chambre, les œuvres vocales et orchestrales, la musique concrète, le domaine de la radio, la télévision et les musiques de film. Le cinéma lui doit de merveilleuses musiques notamment celles de Soleil Levant de Philip Kaufman, de Dodes’Kaden et de Ran d’Akira Kurosawa et de l‘Empire de la Passion de Nagisa Oshima. L’ensemble des ses compositions forma une oeuvre raffinée, attachante qui, à défaut de s’imposer comme l’une des plus novatrices et l’une des plus engagées sur le plan théorique, valut à son auteur une large audience et la reconnaissance de ses pairs.
Avant de mourir, Takemitsu travaillait à la rédaction de son premier opéra, resté inachevé.

LE MONDE DE TAKEMITSU
Troublante sensation, dans cette œuvre, que chaque son lancé appartient à l’univers.
A la manière des Haiku, ces petites phrases poétiques japonaises, dont l’économie de moyens n’a d’égal que la force qui s’en dégage.
Le monde sonore de Takemitsu, cette matière que l’on pourrait presque palper si elle n’appartenait pas tant au vent, aux domaines du jour, de la nuit ou de l’eau restera toujours un mystère. Un mystère parce que lorsque Takemitsu se sert des jardins, de la pluie, de la mer, jamais l’impression de musique descriptive ou abstraite ne semble demeurer.
Takemitsu est d’une minutie incroyable dans son écriture; il place le musicien devant une exigence extrême par rapport au traitement du son : sur une note qui dure six temps et demi, il demande exactement d’où à où il faut vibrer, sur quelle partie du temps changer de doigté ou de place d’archet, quand exactement modifier la couleur du son, et cela parfois en des endroits différents (mais au même moment) pour chaque musicien d’un groupe orchestral. C’est dire l’importance et l’intérêt de la prise de position individuelle de chacun des interprètes à l’intérieur d’un même ensemble. Comme si chacun d’entre eux était concrètement une partie du son, dont la matière, mobile, portée par tous, en fabriquait la durée, l’espace et ses changeantes couleurs.
On pourrait imaginer qu’une écriture si proche de l’artisanat de précision, de surcroît faite de phrases parfois très courtes, n’ait aucun souffle ou ne se résume qu’à une suite de couleurs sonores purement gratuites ou anecdotiques…
Et pourtant, par la place des musiciens sur scène (et parfois dans la salle), la façon dont sont traités les rythmes et les lignes mélodiques, ces « faux canons » qui semblent être des échos de nous-mêmes ou des traces que nous laissons de nous au hasard de la vie, tout dans cette œuvre attachante et raffinée fait place face au rêve, à la mélancolie, et au souvenir.
Cette musique, quand bien même elle peut faire figure de pont entre Orient et Occident, nous rappelle parfois l’art du jardin japonais, même dans ses limites, à savoir ce qui est prévisible ou ce qui ne tient que du hasard. La minutie de son architecture - alors que sa création demande un nombre si important d’arbres au mètre carré - la recherche de la perfection quant au mélange des formes et des couleurs - en tenant compte des diverses saisons- la poésie qui se dégage d’une fleur fanée du cerisier dont on supposait qu’elle tomberait sans doute là en cas de vent, tout cela n’est rien en soi.
Ce qui compte, c’est la place que ce jardin redonne à l’homme ou la femme qui le regarde. (Hervé Klopfenstein)

Oeuvres:

  • And then I knew 'twas wind pour flûte, alto et harpe (1992) + d'infos
  • Archipelago S. pour orchestre (1993) + d'infos
  • Distance pour saxophone et accordéon (1972) + d'infos
  • From far beyond Chrysanthemums and November fog pour violon et piano (1983) + d'infos
  • Garden rain pour ensemble de cuivre (1974) + d'infos
  • Paths pour trompette (1994) + d'infos
  • Quatrain II pour piano, clarinette, violon et violoncelle (1977) + d'infos
  • Rain dreaming pour clavecin (1986) + d'infos
  • Raintree pour percussion (1981) + d'infos
  • Rocking mirror day break pour deux violons (1983) + d'infos
  • Stanza I pour piano, harpe, guitare, vibraphone, soprano (1969) + d'infos
  • Toward the sea pour flûte et guitare (1981) + d'infos
  • Toward the sea II pour flûte alto, harpe et orchestre (1981) + d'infos
  • Voice pour flûte (1971) + d'infos
  • Waves pour clarinette, cor, trombones, percussion (1976) + d'infos

Concerts SMC Lausanne: