Au moment d'écrire ces lignes, je suis parcouru par un double sentiment. D'un côté, le vif espoir que la pandémie se soit définitivement éloignée, que la  saison que vous tenez entre vos mains puisse se donner en votre présence et que votre extraordinaire intérêt nous ramène à partager ce que nous aimons tant : l'art vivant, les compositeurs défendus par des interprètes intrépides et brillants, le moment si fort du direct
 
L'avenir. S'il est un sujet paradoxalement d'actualité c'est bien celui-ci. Car nous sommes humainement, socialement et bien sûr écologiquement confrontés, et de manière croissante, à des secousses qui ressemblent parfois à des tremblements de terre. Dans ces bouleversements, la musique en particulier a toujours joué un rôle unificateur voire pacificateur. Alors, quelle sera celle de demain, au sortir du débat-fleuve sur l'élitisme supposé de la musique classique et contemporaine, au moment où la notion même de concert évolue vers d'autres pratiques, plus ludiques, moins sacralisées ? Nul ne le sait…et tant mieux ! Car le rôle d'une Société de concerts, n'est pas d'essayer de lire dans une boule de cristal mais bien de refléter le réel, tout en veillant à maintenir l'exigence de la qualité comme principe incontournable. Afin de mieux présenter les enjeux de cet axiome nous introduisons cette saison une nouveauté : aux habituelles « conférences » s'ajouteront désormais six courtes présentations, sous des formes diverses et surprenantes,  qui, nous l'espérons, vous mettront l'eau à la bouche !  Car la scène contemporaine est par nature plurielle et c'est de cette pluralité que naissent les rencontres, les chocs (parfois salutaires !) bref, cette altérité qui innerve aujourd'hui notre quotidien social et que nous retrouvons dans ce qui fait sens en art : la diversité et le mouvement. C'est de cette idée du multiple qualitatif  qu'est née cette saison dont les grandes lignes thématiques vous sont ici présentées brièvement.

Tout d'abord, la voix sera particulièrement à l'honneur avec quatre rendez-vous incontournables. En effet, pour la première fois dans nos concerts, nous accueillerons : l'ensemble vocal Musicatreize (dans un programme incluant une création suisse de Luca Antignani) l'ensemble GliAngeli de Stephan Mac Leod (dans un programme audacieux mêlant Buxtehude et une création mondiale d'envergure de Xavier Dayer), l'exceptionnelle soprano allemande Sarah Maria Sun (pour la création d'une nouvelle version du Songbook I de Bernhard Lang) et enfin le duo détonnant formé de la mezzo soprano alémanique Anne-May Krüger et du performeur multimédia Andreas Eduardo Frank, dont l'intitulé du concert « what you see - is what you get - is what you hear » est en lui-même tout un programme ! Ensuite, le retour de la merveilleuse violoniste et altiste Nurit Stark (dans un programme hongrois superlatif) et celui l'accordéoniste Jonas Kocher (cette fois avec l'ensemble Studio 6 dans des œuvres de László Király et de la compositrice croate Sonja Mutić) puis, pour leur première apparition à Lausanne, le bien nommé Ensemble Shockwave, dans des œuvres de la célèbre compositrice anglaise Rebecca Saunders et du Genevois d'adoption Arturo Corrales notamment. Un autre événement d'importance, "délocalisé" pour l'occasion au Centre Culturel des Terreaux, verra la nouvelle génération de compositeurs et d'interprètes suisses romands à l'œuvre dans une très attendue "double création" de Nicolas Von Ritter et d'Antoine Fachard en compagnie…du NEC et de l'Hyper Duo de Gilles Grimaître et Julien Mégroz ! Qui dit mieux ? Enfin, pour compléter notre programmation qui vise à équilibrer, dans une coexistence dynamique, les courants d'aujourd'hui et ceux de la modernité historique, les deux traditionnels concerts de l'Ensemble Contemporain de l'HEMU feront la part belle au grand ensemble et à l'orchestre de chambre.

William Blank, compositeur