Aus Bebung

pour clarinette et violoncelle
1995, Michael Jarrell

Le titre de l’œuvre – Aus Bebung – s’explique par le fait que ce duo est une réélaboration des parties solistes d’une œuvre antérieure, intitulée Bebung, pour clarinette, violoncelle et ensemble. Le terme allemand de Bebung renvoie à la fois à l’idée de balancement et à celle de tremblement ou de frémissement (beben). Dans le domaine purement musical, il désigne un vibrato propre au jeu du clavicorde, où, par la modification de la pression du doigt sur la touche, de légères variations de hauteur peuvent être produites.
Michael Jarrell a transposé et développé cette idée dans l’écriture des deux instruments qu’il a choisis. Toute la pièce joue sur de telles oscillations, souvent minimes, mais développées jusqu’à des gestes plus amples. Les modulations d’un timbre par un autre constituent le noyau même de cette idée, qui a valeur de «thème». Le compositeur a recours à toutes sortes de techniques instrumentales particulières: la clarinette emploie beaucoup les sons multiphoniques, sons instables par nature et dont le timbre est légèrement déformé; ce n’est toutefois pas comme couleurs, voire même comme bruits, mais comme structures harmoniques à parts entières. Il faut concevoir ici l’interaction fonctionnelle de l’harmonie et du timbre: la modulation de l’une par l’autre renvoie à l’expérience électroacoustique, transposée dans le domaine purement instrumental. Dans l’ensemble, la pièce joue sur des nuances infimes, à l’intérieur d’un temps souple qui donne le sentiment de liberté et dégage une poésie très intense. Elle repose sur une forme de continuité qui n’est pas directionnelle: les différents «épisodes» s’enchaînent mystérieusement (leçon debussyste ?), et non comme des moments cumulatifs qui tendraient vers un épilogue.
L’œuvre, en épousant la fluidité du temps, apparaît comme une rêverie; l’intensité s’y concentre dans la suspension magique des moments, dans ces intervalles de temps où la pièce, ouverte au vaste champ des possibles, bascule dans une direction imprévisible.
(Philippe Albèra)
 

Concert SMC Lausanne: