In Croce

pour accordéon et violoncelle
1992, Sofia Gubaidulina

Il existe plusieurs version d’In croce. Composée d’abord, en 1979, pour violoncelle et orgue, et dédiée au violoncelliste Vladmir Tonkha qui la créa en 1979 à Kazan, l’oeuvre fut ensuite transcrite pour violoncelle et accordéon en 1992.
L’idée de la croix indiquée par le titre ne renvoie pas seulement aux significations religieuses, constantes chez Gubaidulina, mais aussi à la structure de la pièce. Alors qu’au début, les deux instruments jouent chacun dans un registre et un type d’écriture opposés, au cours de la pièce, ils se rapprochent l’un de l’autre et se croisent.
Dans la première partie, l’accordéon répète inlassablement les mêmes hauteurs dans une tessiture aiguë, tandis que le violoncelle grommelle dans le registre grave; les deux protagonistes paraissent étrangers l’un à l’autre. Ils se rapprochent pourtant progressivement, jusqu’à une scène frénétique qui constitue un moment d’une extraordinaire intensité et d’une grande gestualité. Plus loin, pourtant, les deux instruments semblent atones, déroulant des chromatismes sans directionalité, comme si la musique avait été projetée d’un extrême à l’autre. C’est en fait l’amorce d’un immense crescendo marqué par la conjonction des opposés : la partie de violoncelle, tendue, pathétique, avec des accents poignants, joue dans une échelle chromatique comportant les micro-intervalles, tandis que l’accordéon, au même moment, fait entendre une structure diatonique sous forme d’accords brisés et de gammes. Dans la coda, les deux instruments échangent leurs rôles, le violoncelle abandonnant son jeu apparenté à une voix humaine au profit de figurations dans le suraigu qui rappellent celles de l’accordéon au début (ce sont les mêmes notes), alors que l’accordéon joue une sorte de pédale qui rappelle à son tour les sons graves du violoncelle au début du morceau. Le tout se termine dans une couleur sonore iridescente avec des harmoniques sur la corde de la. L’oeuvre est un bon exemple des dramaturgies instrumentales de Gubaidulina, de l’utilisation des types d’écriture et de sonorités comme de véritables personnages. (Philippe Albèra)

Concert SMC Lausanne: