Pierrot Lunaire op. 21

pour voix et cinq instrumentistes
1912, Arnold Schoenberg

Le Pierrot Lunaire de Schoenberg est souvent considéré comme son œuvre la plus emblématique, et elle fut en tout cas celle qui eut le plus de retentissement et de succès aussi bien au niveau du public que de ses confrères (Ravel, Stravinsky, Milhaud…).
Elle était apparemment en rupture totale avec la musique connue jusqu’alors. Pourtant l’éloignement de Schoenberg avec l’univers tonal était déjà consommé depuis quelques temps. Le fameux « Sprechgesang », le parlé-chanté, était déjà esquissé, mais ici, il était autant le fruit d’une esthétique berlinoise à la mode, que d’une commande alimentaire. Le Pierrot Lunaire date de 1912, voilà maintenant 100 ans.
Sous le choc initial que procure l’audition de l’oeuvre, il y a un fond de tradition caché. Schoenberg utilise des formes dites archaïques. L’impact émotionnel du Pierrot Lunaire demeure dans son mélange de théâtre et de sons inouïs, tant l’orchestration est géniale et le climat étrange et singulier. Très en avance sur son temps, préfiguration du Berlin à venir, le Pierrot Lunaire est déjà partie prenante des années sauvages de 1920 à 1930. Il mêle le spectacle, la musique nouvelle, la dérision, le tragique. Au cœur de révolutions picturales en marche (cubisme, expressionnisme…), cette partition est toute entière couleurs et émotions.
Schoenberg, berlinois d’adoption en cette époque (1911-1915), apporte sa pierre au trouble univers berlinois, entre cabaret et sentiment de fin du monde.

Concert SMC Lausanne: