Piccola Musica Notturna

pour orchestre de chambre
1954, Luigi Dallapiccola

« Le 2 avril 1954, Hermann Scherchen, venu à Florence pour diriger un concert, me demanda si j’accepterais d’écrire une pièce pour orchestre de quatre à six minutes destinée au Festival des Jeunesses musicales qui devait avoir lieu à Hanovre un mois plus tard. J’acceptai. Cette proposition m’offrait l’opportunité d’exprimer ma gratitude au Maestro pour l’intérêt qu’il avait témoigné à ma musique dès 1937, lorsqu’il dirigea mes Tre Laudi à la BBC. Le 9 avril, je rendis ma partition qui lui était dédicacée. Elle comporte en exergue un poème d’Antonio Machado :
Nuit d’été
C’est une belle nuit d’été.
Les hautes maisons
ont leurs fenêtres
ouvertes sur la vaste place.
Sur l’ample rectangle désert
des bancs de pierre,
des fusains et des acacias
dessinent symétriquement
leurs ombres noires sur le sable blanc.
Au zénith, la lune
et sur la tour
le cadran de l’horloge
illuminé.
Moi, dans ce vieux village,
déambulant tout seul, comme un fantôme.
(Traduction Sylvie Léger et Bernard Sesé)

Jusqu’à maintenant, cette Piccola musica notturna est restée une pièce isolée. J’ai repris dans d’autres œuvres la série tous intervalles qui est à sa base. Mais j’ai exprimé à plusieurs reprises la conviction que les éléments purement techniques ne peuvent intéresser que les musiciens professionnels. […] »  (Luigi Dallapiccola)
La pièce met en opposition deux types d’écriture, deux formes expressives : la ligne mélodique initiale, enroulée sur elle-même, presque introvertie, avec ce climat mystérieux qui évoque la nuit, et des accords stridents, abrupts, joués fortissimo, qui déchirent le caractère méditatif. Il n’y a pas à proprement parler d’évolution, ces deux idées alternant tout au long du morceau dans un temps qui se creuse progressivement. La partition, comme le mentionne Dallapiccola lui-même, fut écrite dans un temps inhabituellement court pour lui, soit une semaine ! (Philippe Albèra - reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteur)

Concert SMC Lausanne: