Quaderno Musicale di Annalibera

pour piano
1952, Luigi Dallapiccola

Composée en 1952 à la demande du Festival International de Musique Contemporaine de Pittsburgh, cette œuvre fut écrite pour le huitième anniversaire de sa « chère fille », appelée Annalibera, un nom donné parce que sa naissance coïncida avec la libération de Florence pendant la Deuxième Guerre. On peut lire dans le titre de ces pièces, mais aussi dans leur facture, une référence au Petit Livre d’Anna Magdalena de J. S. Bach. Le recueil contient des pièces courtes qui portent toutes un titre et explorent un problème technique : Symbole, Accents, Contrapunctus Primus, Lignes, Contrapunctus Secundus (canon par mouvement contraire), Frises, Andantino amoroso et contrapunctus tertius (canon cancrizanz), Résolution, Rythmes, Couleurs, Ombres, Quatrain.
Mais l’œuvre est aussi une sorte d’étude préparatoire aux Variations pour orchestre qui seront composés peu après (en 1954). Les onze pièces sont basées sur une série de douze sons. Elles alternent les climats expressifs, les types d’écriture et des couleurs spécifiques. Le compositeur prévient en tête de la partition que ces pièces doivent être jouées en intégralité et non séparément. Dallapiccola y renonce à toute écriture pianistique ostentatoire : l’instrument est au service de l’idée, dans une concentration qui ne supporte aucune figuration, aucun élément décoratif, aucune emphase. En même temps, le piano se rapproche de la voix par un ton presque déclamatoire. On pourrait parler d’un piano « abstrait », en référence aux œuvres de Bach comme l’Offrande musicale ou l’Art de la fugue, qui sont de l’écriture pure. La première pièce, « Symbole », comporte d’ailleurs le cryptogramme B.A.C.H (les notes sib, la, do, si). On a pu voir dans la dernière pièce, « Quatrain », une expressivité inspirée par la musique de Verdi. (Philippe Albèra - reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteur)

Concert SMC Lausanne: