Dialoghi

pour violoncelle et orchestre de chambre
1959-1960, Luigi Dallapiccola

Cette œuvre composée en 1960 est divisée en cinq épisodes liés entre eux et ayant, selon les propres mots de l’auteur, un « caractère contemplatif » dans les mouvements impairs et « un caractère nettement plus dynamique » dans les mouvements pairs. Toute la pièce est fondée sur une série dont la deuxième partie est le rétrograde de la première. Le soliste la présente au début sous forme de fragments qui sont tantôt développés (premier et troisième mouvements), tantôt traités de manière pointilliste (deuxième et quatrième mouvements). Le tout aboutit à une sorte de dissolution dans le dernier mouvement. Dallapiccola a sérialisé non seulement les hauteurs mais aussi les durées et les timbres.
L’orchestre est traité comme un ensemble de chœurs instrumentaux qui se commentent mutuellement et dialoguent avec le soliste, lui-même pensé comme une voix (Zimmermann, à la même époque, avait souligné l’analogie entre le violoncelle et la voix humaine, qu’il exploita dans ses œuvres pour cet instrument) : les bois, les cuivres, les cordes, les percussions (sèches ou résonantes) forment des blocs unitaires. Il y a peu de véritables tutti et pratiquement pas de solos à l’intérieur de l’orchestre : tout repose sur l’alternance et la combinatoire des groupes. Suivant la leçon de Webern, qu’il avait lui-même relevée, Dallapiccola laisse des vides entre les sons comme entre les timbres, et il renonce aux phrasés grandiloquents : le discours est au contraire fait de petites cellules, parfois de simples accords, comme si l’expression était constamment retenue, mais poussée à son point maximal d’intensité sur un intervalle, une brève suite mélodique, et explosant soudain comme un cri. Le soliste lui-même n’a pas de gestes virtuoses, et même ses cadences sont commentées par l’orchestre. On ne trouve guère de progressions à grande échelle, mais des éclats, des moments caractérisés, lapidaires, assemblés avec un raffinement extrême et une grande délicatesse, comme si le compositeur voulait nous rapprocher des sons, de leur aura de mystère. Cette rhétorique laisse chaque moment ouvert à d’autres possibles. L’écriture, sévère, élimine tout élément décoratif comme toute figuration destinées à enrichir la sonorité, et tout remplissage destiné à donner l’illusion de la plénitude; les harmonies sont au contraire souvent tendues, comme les sonorités elles-mêmes. Il s’agit d’une musique essentiellement introspective, une sorte de méditation; les passages en forme de cadences offrent des moments plus libres dans l’écriture, avec des immobilisations autour d’une figure. Le terme de Dialoghi, que l’on retrouve chez Zimmermann à la même date (Dialoge pour deux pianos et orchestre), charge le genre concertant d’une dimension humaine significative. (Philippe Albèra - reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteur)

Concert SMC Lausanne: