Immagini da Escher

pour flûte, clarinette, vibraphone, piano, violon et violoncelle
2005, Ivan Fedele

« Escher fait un large usage des formes géométriques de Möbius (en particulier son fameux anneau) pour créer des images multidimensionnelles paradoxales dans lesquelles les concepts de début et de fin ne semblent plus avoir le moindre sens spatial, mais apparaissent, en lieu et place, comme confinés à la dimension du temps. D’une certaine façon précurseur de l’art fractal, Escher crée des images méta-géométriques dans lesquelles le “grand“ est souvent reflété dans le “petit“, de même que le détail est souvent le miroir du tout. » (Ivan Fedele)
L’œuvre est en réalité une réécriture et une transformation d’Arcipelago Möbius. Tandis que cette œuvre mettait en présence quatre instrumentistes (clarinette, violon, violoncelle, contrebasse), les Immagini da Escher sont composés pour six musiciens formant trois paires de timbre : flûte et clarinette, violon et violoncelle, piano et vibraphone. Les éléments d’Arcipelago Möbius sont ainsi déployés dans un nouvel espace sonore par l’adjonction de résonances et de lignes mélodiques supplémentaires. C’est le cas par exemple de la pièce centrale, Arc-en-ciel, à l’origine conçue pour violoncelle solo, auquel s’adjoignent ici le violon et la clarinette. Le violoncelle est écrit, pour l’essentiel, en harmoniques, à partir de sa note la plus grave, et présente une structure en miroir. Le violon commente en quelque sorte sa courbe mais en sons normaux, tandis que la clarinette produit des multiphoniques qui amplifient les sons harmoniques. De même, la partie de clarinette qui domine le deuxième mouvement, à l’origine solo, est élargie aux sons du piano et du vibraphone.
Ces formes prismatiques créent des espaces imaginaires qui renvoient aux paradoxes de Escher. Un des éléments récurrents dans tout le morceau consiste en des gammes ascendantes ou descendantes, jouées de façon fragmentaire ou continue, dans des temps très différents. Si la première partie est brillante et vive (elle comporte l’indication liminaire Scintillanti), la deuxième, plus lente (Calmo), repose sur la ligne de clarinette diffractée par le piano et le vibraphone. Suivent des sinuosités chromatiques et des trilles (Trace fulminee…) qui terminent une première section. La partie centrale, Arc-en-ciel, est dans un rythme suspendu et lent. Les trois morceaux de la seconde section commencent par de nouveaux mouvements chromatiques et des trilles qui vont vers leur dissolution (Trace nell’aria come solchi abissali…), puis une partie en forme de cadence (Cadenzando…) faite d’un jeu de sonorités où les sons ponctuels débouchent sur des gammes rapides au milieu desquelles le violon et la clarinette déploient des figures de trois notes en canon; enfin, l’écriture virtuose du début revient avec force (Vulcanico !), laissant penser qu’autour de l’axe central, lui-même symétrique, la pièce est conçue en miroir.

Concert SMC Lausanne: