Song offerings

pour soprano et 8 instruments
1985, Jonathan Harvey

«Chez les Bouddhistes, le lotus padma symbolise la multiplicité du monde des formes à travers lequel brille la lumière de la vérité. Un lotus montre qu'un objet singulier favorise plus qu'un concept l'éveil de la pensée». Cette réflexion de Jonathan Harvey est sans doute le meilleur commentaire de l'œuvre. D'emblée, une phrase mélodique utilisant des notes non tempérées est jouée à l'unisson par les quatre instruments; non pas un unisson parfait, mais un unisson coloré par des quarts de tons; cette phrase possède son rythme propre, irrégulier, qui naît de sa structure interne, fondée sur les rapports variés entre anacrouse, accent et désinence. Elle est reprise une première fois par la flûte, harmonisée aux trois cordes, puis une seconde fois à l'alto et au violoncelle, dans une tessiture plus grave, dans un nouveau contexte. Ce sont trois aspects de la même idée, qui laissent place, sans transition, à une sorte de danse utilisant des rythmes double-pointés, que la flûte et le violon jouent dans l'aigu. La construction de la pièce s'apparente dès lors à une improvisation en-dessous de laquelle existerait une structure cachée, qui paraît évidente lors des reprises de certains éléments: elle oscille entre des mouvements rêveurs, où le temps semble suspendu, et des mouvements pulsés, où le temps est compté. Le caractère discursif, qui provient de la construction mélodique, s'égare par moments dans un jeu avec les sonorités, qui s'apparente à des échappées dans l'imaginaire pur. Ces allers et retours dans des configurations temporelles divergentes, comme le passage de la flûte au piccolo, puis à la flûte basse, qui détermine des mondes sonores différents, crée un climat propice au rêve. Des images récurrentes apparaissent, telle la mélodie initiale, sans que l'on puisse discerner quelle fonction architectonique elle remplit. L'œuvre semble viser cette aura du phénomène – son ou lotus – qui s'offre à notre méditation. Elle résonne après coup dans notre tête comme l'empreinte d'une luminosité trop forte sur la rétine. La simplicité des figures, la transparence de l'écriture, l'absence de toute dimension psychologique dans le rapport entre les idées ou les instruments au profit d'une homogénéité et d'une expressivité qui se situent au-delà de l'individu, conduisent l'auditeur, d'une certaine manière, à s'identifier au son, à entrer en contact avec l'âme du son, à être le lotus.
(On pourrait citer le poème de Tagore: «Le jour que la fleur de lotus s'ouvrit, hélas! mon esprit errait à l'aventure et je ne le sus pas...»)
Lotuses, achevé de composer en juillet 1992, est une commande du Nash Ensemble (avec le soutien d'IBM), qui en assura la première exécution à Londres en septembre de la même année. (Philippe Albèra)

Concert SMC Lausanne: