Sringara Chaconne

pour ensemble
2009, Jonathan Harvey

Sringara est un mot sanscrit qui traduit un amour basé sur l'attraction érotique et la beauté. Il est le plus important des neuf rasas (saveurs) qui sous-tendent les arts classiques indiens comme le théâtre, la musique, la danse, la poésie et la sculpture, et dont une grande partie du contenu tourne autour de la relation entre l'homme et la femme. L'émotion primaire ainsi générée est alors nommée Sringara, la relation amoureuse étant prise dans ce cas comme métaphore de la relation entre l'individu et le divin.
Comme dans d'autres œuvres de la dernière période de sa vie, Jonathan Harvey associe dans cette œuvre deux cultures, la chaconne étant une forme musicale importante de la période baroque occidentale. Dans le traitement actualisé de la chaconne, certaines de ses caractéristiques sont conservées, comme l'allure générale relativement solennelle et lente, la prédominance de la mesure ternaire, et surtout le large éventail de variations, lui permettant d'atteindre la grande forme, dans laquelle s'incarne l'idée d'une spiritualité réconciliatrice par la "contemplation sonore" de la beauté des timbres, subtilement agencés au début de l'œuvre autour de notes à forte polarisation (une qualité de la musique de l'Inde). Cette dimension extatique est ensuite transformée en un discours plus actif qui mène à un épisode très rythmique qui culmine en une danse énergique,  avant qu'une longue coda ne vienne conclure, de manière apaisée, ce parcours riche en surprises – à l'image de la toute dernière mesure, radicale et interrogative… (William Blank)

Concert SMC Lausanne: