Für vier Streichinstrumente

2011, Daniel Weissberg

Voilà un titre qui laisse penser qu’il peut y avoir des titres neutres. Un titre qui essaie de se distancer non pas des instruments auxquels il fait référence, mais du genre musical qu’impliquent ces instruments. C’est une tentative vouée à l’échec. A peine les quatre musiciens entrent-ils en scène avec leurs instruments qu’il est évident qu’il s’agit là d’un quatuor à cordes. Sur les chaises disposées sur la scène, c’est aussitôt un genre musical, c’est toute une page de l’histoire de la musique, c’est la discipline reine de la création musicale qui s’assied.
Si cette formation éveille chez le public des attentes, ou du moins des souvenirs, le compositeur a pour sa part plutôt l’impression d’être à la recherche d’une place libre dans un train plein à craquer. En allemand, le mot formation, « Besetzung », renvoie à l’adjectif plein, occupé, « besetzt » : voilà ce que semble dire le genre du quatuor à cordes, de manière brusque ou amicale, à quiconque chercherait à s’y trouver une place stylistique encore libre. Les places stylistiques encore libres sont devenues rares dans la musique contemporaine pour quatuor à cordes (et pas seulement là, d’ailleurs). Il ne reste au compositeur qu’à se mouvoir, assis ou debout, entre les places, et à trouver de temps à autre une position dans laquelle le voyage promette d’être intéressant.
La formation du quatuor à cordes ne peut être séparée de tout ce qui a été composé pour elle. Dans l’œuvre Für vier Streichinstrumente, elle est, d’une certaine manière, thématisée elle-même. Durant de longues plages, elle est traitée comme un seul instrument. En même temps, les musiciens sont présents en tant que quatre figures individuelles. Ils jouent toujours  les mêmes notes, mais jamais de la même manière. En réponse à un gros effort fourni au niveau des techniques de jeu, on distingue des changements sonores plutôt minimes.
Les contraires déterminent aussi d’autres aspects de l’œuvre. A la gestuelle très prononcée des musiciens répond une sonorité qui fait plutôt référence à une gestuelle sans corps, sans souffle. Mais vers la fin du morceau, dans la coda, les quatre instruments se rejoignent dans une respiration presque naturaliste.
Quand on voyage de cette façon, il n’est peut-être pas possible de regarder tranquillement par la fenêtre. Mais le voyage promet, je l’espère, quelques découvertes. (Daniel Weissberg – traduit de l’allemand)
 

Concert SMC Lausanne: