Éos

pour hautbois et 13 instruments
2013 - Création romande, William Blank

La partition, dédiée à son commanditaire,  est écrite pour flûte, hautbois, clarinette, basson, cor, trompette, trombone, piano et quintette à cordes, un effectif assez "standardisé" dans la musique d'ensemble du 20ème siècle. Cette nomenclature, imposée par la configuration de l'Ensemble Convergence à laquelle elle est destinée,  ne me permettait pas d'avoir recours à un certain nombre d'instruments comme la harpe, la percussion, le célesta, la flûte basse, la clarinette contrebasse ou encore le contrebasson, et représente donc une contrainte dans la mesure où la sonorité de mes œuvres est déterminée habituellement par des alliages et des combinaisons instrumentales travaillés à partir des corps résonnants d'une part, et par l'utilisation de registres étendus à l'extrême d'autre part. La sonorité presque "classique" de cet effectif était donc singulière pour moi, car j'ai toujours  sélectionné les instruments sur des critères très personnels, étrangers en tous les cas à un modèle qui équilibre les registres en amont, ce qui est le cas avec cette formation.
Ma toute première réflexion porta sur la disposition des instruments, afin d'établir quelle serait la forme de spatialisation qui aurait le plus de chance de produire une sonorité intéressante et originale. J'ai opté pour une solution symétrique dans laquelle le piano (sans couvercle) joue le rôle d'axe central. Le pianiste joue face au public et les instruments sont disposés tout autour : les bois en deux couples, de part et d'autre, les cuivres en triangle avec la trompette en clé de voûte derrière le pianiste, et les cordes en arc de cercle, au devant de ce dispositif. Cette disposition particulière qui "écarte" inhabituellement les timbres,  favorise par contre le prolongement et l'amplification des sons du piano en fonction de leur registre, de leur intensité ou de la manière dont ceux-ci sont projetés dans l'espace acoustique. 
Pourtant ce n'est pas l'articulation de parties solistiques individuelles qui est le but recherché ici, mais plutôt l'inverse, une forme d'homogénéité, obtenue par le traitement très unifié des différentes familles instrumentales. L'écriture de la partie d'ensemble vise en effet à estomper les caractéristiques de chacun des timbres, au profit d'une sonorité "pleine", presque indifférenciée, un corpus sonore que l'on pourrait comparer à une sorte de vibration, issue d'une table d'harmonie imaginaire de laquelle émergent tout de même parfois quelques traits saillants, échos multiples de la voix principale. Mais il n'y a pas non plus de véritable dialogue entre le soliste et l'ensemble, plutôt un mouvement de balancier constant entre intégration et désintégration, car la pièce n'est pas à proprement parler de type concerto.
EOS est d'un seul tenant mais de forme tripartite, avec une seconde section amplement développée et un dernier épisode contemplatif qui contraste, me semble-t-il, avec l'expressionnisme parfois violent de mes œuvres antérieures : l'écriture devrait donner ici un sentiment d'espace et tendre vers une forme d'apaisement, du moins là où certaines atmosphères de lumière naissante, de clarté, évoquent l'aurore et sa déesse…
Commande ayant reçu le soutien de la Fondation Pro Helvetia, de la Ville de Zürich et de la Fondation Suisa. (William Blank)

Concert SMC Lausanne: