...sofferte onde serene...

pour clavier et électronique
1976, Luigi Nono

Alors que s'approfondissaient mon amitié pour Maurizio Pollini ainsi que ma prise de conscience stupéfaite de son style pianistique, un rude vent de mort vint balayer « le sourire infini des ondes » dans ma famille et dans celle de Pollini. Cette expérience commune nous a encore rapprochés l'un de l'autre dans la tristesse du sourire infini des « sereines ondes souffertes ».
C'est également ce que signifie la dédicace « à Maurizio et Marilisa Pollini ». Dans ma demeure de l'île Giudecca de Venise, on entend continuellement sonner diverses cloches dont les sons nous parviennent, jour et nuit, à travers la brume et avec le soleil, avec des résonances différentes, des significations variées. Ce sont des signes de vie sur la lagune, sur la mer. Des invitations au travail, à la méditation, des avertissements. Et la vie continue dans la nécessité subie et sereine de l'« équilibre du fond de notre être », comme dit Kafka. Pollini, piano live, s'amplifie avec Pollini, piano élaboré et composé sur bande. (Luigi Nono)

Cette seconde œuvre de Nono où le piano tient un rôle central (cette fois sans orchestre et voix, mais également avec bande magnétique) nous paraît avoir surtout une chose en commun avec Como una ola de fuerza y luz : le point de départ en réside dans les particularités de la technique pianistique de Pollini qui sert toutefois de base, dans ce morceau terminé tout juste à temps pour sa première audition au mois de décembre 1976, à une recherche développée de manière assez différente. En fait, dans ces ... sofferte onde serene ... l'usage du piano semble avant tout dirigé sur l'analyse de son potentiel sonore, analyse qui, dans la dialectique constante entre le matériel proposé et sa décomposition interne, est accomplie en profondeur jusqu'à une analyse épuisant tout. (Source: Programme des concerts de mars 1985 à l'Ircam).
 

Concert SMC Lausanne: