Love song for a longterm hadred

pour trombone soliste, trois voix solistes, harpe, harpe celtique, piano et percussions
2016 - Création mondiale, Blaise Ubaldini

D'après le poème Longterm Hadred de David Avidan

Pour en finir avec les catégories
Lorsque je suis allé voir Alon Stoler (tromboniste) à Zürich pour qu’il me traduise le poème de David Avidan, j’ai appris qu’en hébreu, le même mot sert à désigner « poème » et « chanson ».
La question fut simple: à quoi renvoie l’idée de chanson, lorsqu’on est identifié comme « compositeur contemporain » dans le monde actuel, où chacun doit être à sa juste place, dans sa bonne case, digne représentant de la catégorie musicale à laquelle il appartient?
L’idée de chanson se décline à plusieurs niveaux dans l’oeuvre. D’abord sur le plan formel, par une structure en couplets sans refrain. Au départ très différenciés, les sept couplets semblent pris par une même émotion au fur et à mesure de l’oeuvre, les entraînant irrésistiblement vers un destin commun, peut-être un refrain. Sur le plan de l’instrumentation ensuite, où chaque groupe instrumental joue son propre rôle: le trio de percussions celui section rythmique, le trio vocal celui de « back vocals », le piano et la harpe, ceux de guitares et claviers, et enfin le trombone celui de chanteur soliste extraverti. Pour finir, à un niveau plus intérieur, la pièce cache un moment musical d’une grande simplicité, une chanson dans la chanson, véritable coeur musical de l’oeuvre.
Le poème de David Avidan, Longterm Hatred, est une ode aux contraires, à ce qui semble s’opposer. L’amitié, la guerre, l’homme, la femme, le soleil, la neige. Dans l’oeuvre passionnée et parfois colérique du poète, les contrastes s’amenuisent, tout devient relatif. Plus de manichéisme, plus de catégories, mais un simple rapport entre des forces qui chacune possède sa compétence propre.
Le poète témoigne de ce qu’est en vérité le monde d’aujourd’hui, qui se dévoile lentement à nos yeux, mais que beaucoup pourtant tentent encore de camoufler, souvent par peur, parfois par incrédulité.
Le monde d’aujourd’hui - en réalité déjà celui d’hier - en a fini avec les cases, il déborde. Et le monde musical, les langages musicaux, ne font pas exception. Ils débordent également, et sortent de leurs cases. Le temps des questionnements est semble-t-il révolu, et celui de se mettre à trouver des réponses est en marche. À la manière des langues et des cultures dont les sangs se mêlent, laissons donc nos langages musicaux se fondre les uns dans les autres sans a priori, sans chercher à leur donner une forme absolument, qui pourrait correspondre à la juste catégorie, à la bonne case.
C’est tout l’objet de cette pièce, qui somme toute est une tentative parmi tant d’autres. Jamais l’oeuvre musicale ne s’imposera, jamais non plus elle ne prendra par la main. Elle tente de sortir de son statut de « chose en représentation » pour investir un champ nouveau, qui doit peut-être être vécu avant d’être pensé. L’oeuvre tente de s’extirper de l’écriture, de la partition, tente de cesser d’être signe avant d’être son, tente de quitter le domaine de l’espace pour s’épanouir peut-être dans celui du temps, complexe, aux multiples échelles, et qui espérons-le, saura se préserver de toute tentative de discrimination.  (Blaise Ubaldini)

 

Concert SMC Lausanne: