Anahit

poème lyrique dédié à Vénus, pour violon et ensemble
1965, Giacinto Scelsi

En 1965, une des créations les plus abouties de Scelsi a vu le jour, Anahit, sous-titré Poème lyrique dédié à Vénus (dont le nom égyptien est Anahit) une œuvre écrite pour violon solo et orchestre de chambre à la formation très originale de 18 musiciens: 2 flûtes, flûte basse, cor anglais, clarinette, clarinette basse, deux cors, trompette, saxophone ténor, 2 trombones, et un sextuor à cordes sans violons, composé exclusivement de deux altos, deux violoncelles et deux contrebasses. A l'exception de Kya pour clarinette et sept instruments (1959), Anahit est la seule œuvre  concertante de Scelsi, bien que ce ne soit pas un concerto traditionnel, mais plutôt un poème de forme libre qui donne un rôle central au violon et qui suit Xnoybis, une pièce maîtresse que Scelsi avait composée l'année précédente, précisément pour le violon seul.    
La notation de la partie solo d'Anahit développe une pensée originale: elle est constamment notée sur trois portées (une par corde) et l'instrument la scordatura sol-sol-si-ré lui est appliqué. Seule la quatrième corde grave de sol reste inchangée, permettant ainsi à la même note d'être entendue simultanément sur plusieurs cordes différentes. La performance est d'une extrême difficulté et exige beaucoup de concentration (pourtant, la pièce fut créée à Athènes en 1966, peu de temps après son achèvement, par le violoniste français Devy Erlih, l'un des pionniers de la musique de Scelsi) Au plan harmonique, seul Hymmnos avait auparavant atteint un degré aussi somptueux d'intensité.
L'œuvre se divise en deux parties, et s'articule sur la section d'or, marquée par le début de la cadence du soliste. La courte introduction orchestrale repose sur la note si bémol, mais à l'entrée du violon sur ré, une "tonalité" vague de sol mineur s'établit. Puis le violon suit une longue courbe ascendante, parcourant des micro-intervalles de ré à fa dièse, l'orchestre suivant un mouvement similaire. Progressivement des tierces majeures et des accords de septième de dominante  se forment avant de se fondre littéralement dans des glissandi généralisés, évoquant un voyage mystique. La riche écriture du violon,  faite de tremolos et d'oscillations sur plusieurs cordes s'arrête par deux fois pour laisser la place à de brefs interludes orchestraux. Juste avant la cadence, l'harmonie se condense sur un fa dièse joué à l'unisson mais pendant cette cadence le violon continue à monter, atteignant la note la bémol.
Après une courte respiration, la seconde partie débute, à nouveau sur la note ré, mais cette fois à l'octave supérieure et dans un contexte harmonique à nouveau proche de sol, mais de sol majeur cette fois. Cette seconde partie est plus resserrée que la première, mais plus tendue, plus lumineuse et surtout dépourvue d'interludes orchestraux. Quand la note fa dièse est atteinte dans le registre aigu, comme quinte supérieure de la note si, l'orchestre s'efface progressivement et le violon, solitaire, atteint lui le sol aigu et y reste suspendu, de manière infiniment poétique. (Source: Fondazione Isabella Scelsi)

Concert SMC Lausanne: