Hommage à Mihály András op. 13

12 microludes pour quatuor à cordes
1977/78, György Kurtág

Cette œuvre constitue, après le Quatuor opus 1, le deuxième quatuor à cordes de Kurtág. L'un et l'autre sont marqués par le style aphoristique et hautement expressif de Webern. Les Microludes sont dédiés, à l'occasion de ses soixante ans, à un compositeur et chef d'orchestre qui fit beaucoup pour la musique de Kurtág dans le contexte hongrois : András Mihály; c'est lui qui fit travailler les musiciens du Quatuor opus 1 de Kurtág à l'époque de sa création: les Microludes sont donc aussi un remerciement.
La pièce exalte la forme du fragment, chère au compositeur: la forme naît de l'accumulation des moments différenciés plutôt qu'elle n'apparaît comme un tout, comme une construction architectonique. Pourtant, il existe un principe formel à la base de l'œuvre: chaque pièce commence par une note de la gamme chromatique, demi-ton par demi-ton dans un sens ascendant. On trouvait déjà cette idée dans un volume des Jatékók (Jeux), pièces de piano pour les enfants, sous le même nom de microludes. Kurtág, derrière les hommages indiqués, ici à Mihály, et dans Jatékók à Kadosa, Hajdu ou Nancy Sinatra, rend ainsi hommage au Jean-Sébastien Bach du Clavier bien tempéré. Ces douze Microludes pour quatuor à cordes, composés en 1977-78 et dédiés à la ville de Witten en Allemagne, où beaucoup de pièces de Kurtág furent créées, sont extrêmement brefs et caractérisés par des formes d'écriture différentes; ils constituent douze étapes dans un parcours intérieur qui va «du calme absolu au "molto agitato", de l'éclat dramatique à la clarté sereine et paisible» (Jürg Stenzl), programme expressif réalisé à travers des types d'écriture variés, où l'on perçoit tantôt une référence au choral, tantôt l'utilisation de différentes formes d'ostinato, tantôt une écriture polyphonique. L'intensité de chaque moment et la présence expressive de chaque note conduisent à un temps suspendu, ouvert, introspectif. De là naissent les associations engendrées par la mémoire: hommages plus ou moins cachés à Frescobaldi, dans les mouvements 1, 6 et 11, ou évocation d'une mélodie populaire dans le cinquième mouvement, «comme venant de loin», que Kurtág reprendra dans le dernier mouvement de ...quasi una fantasia... opus 27.
À travers cette expression intimiste et une écriture concentrée à l'extrême, c'est l'essence même du quatuor à cordes qui est ici visée. (Philippe Albèra)

Concert SMC Lausanne: