Eská - Emlékzaj op. 12

pour soprano et violon
1974/1975, György Kurtág

Cette œuvre écrite sur des poésies de Deszö Tandori date de 1974-75 et est dédiée à Lajos Bárdos. C'est une série de sept chants d'une extrême brièveté, des fragments chargés d'expressivité et de références plus ou moins explicites (un passage doit être chanté dans le style «blues», un autre «comme dans un tango», un morceau évoque une danse endiablée, un autre est purement méditatif, dans le style grégorien...). Chaque chant est une scène dramatique miniature, non exempte d'une dimension ludique et d'une distance quelque peu ironique avec soi. C'est que le lyrisme kurtágien s'exalte dans ce mélange de sentiments opposés. La forme aphoristique, en maintenant le suspens, permet ce double mouvement qu'une forme développée ou narrative serait amenée à départager. Toute l'œuvre repose sur des gestes très caractérisés qui, sitôt apparus, laissent place à d'autres ou au silence, comme un kaléidoscope d'émotions, une vision fragmentaire de la réalité. La voix utilise tous les registres possibles, devenant parfois simple instrument et même accompagnement du violon; celui-ci, en retour, se rapproche par moments de l'écriture vocale, la pièce jouant aussi sur la fusion, l'articulation et l'opposition des deux protagonistes. Pièce d'apparence modeste, elle joue dans l'évolution du compositeur un rôle capital; son potentiel sera développé plus tard dans les Kafka-Fragmente pour le même effectif. (Philippe Albèra)

Concert SMC Lausanne: