Harmonia

pour ensemble à vents, harpe et percussion
1974, Isang Yun

Le jeune Coréen Ysang Yun commence à composer très jeune. Il imite Bartók et Strauss. Il a Lulu et Wozzeck dans les oreilles. Il potasse Rufer et Leibowitz, mais il cherche avant tout son propre imaginaire. Quittant Séoul pour Berlin où il étudie la composition, il intègre progressivement la musique coréenne à son esthétique. Yun bâtit un univers musical façonné par la pensée taoïste et s’appuie sur une idée personnelle du cosmos : « la plénitude de la conscience musicale tient à ces notes qui vivent par elles-mêmes et non pas à l’harmonie ou au contrepoint. ».

Le drame d’Harmonia repose sur un jeu de tessitures et d’agencements de timbres. Le compositeur les caractérise pour symboliser les deux forces fondatrices du Tao : le yin et le yang.
La pièce s’ouvre sur un paysage mythologique. Çà et là on caresse des accords cuivrés, que la harpe vient faire scintiller. Une flûte frivole est occupée à invoquer une entité inconnue. Un ostinato de harpe, que l’on retrouvera fréquemment, lui prête main-forte : l’énergie yang jaillit, aveuglante.
Comme une tempérance par l’obscurité, un silence précède l’apparition du yin. Augurée par la clarinette basse, une douceur absorbante étend son ombre. Les cuivres répondent dans le grave. Ils ouvrent une fenêtre sur les abysses tandis que les bois tourbillonnent autour de ce puits dont on ne peut détacher le regard.
L’ombre se meut. Les bois papillonnent de loin en loin. La destination n’est autre que l’unification : Harmonia. L’œuvre s’achève. Seuls persistent quelques échos du cosmos. (Luc Birraux)

Concert SMC Lausanne: