Quatuor à cordes no 4

avec live electronic
2003, Jonathan Harvey

Le Quatuor n°4 avec live electronic (2003) de Jonathan Harvey n’est pas sans rappeler Natura morta con flamme ; du moins dans sa vision. Toutefois, plutôt que du langage, il est ici question d’une forme de vie cyclique ; du karmique dirait Harvey.
Des formes émergent à partir d’un silence simulé : différentes textures de frottement spatialisées et transformées par l’électronique dont le compositeur livre la conception en ces termes : « Je me suis toujours attaché à mettre en avant l’instabilité, la malléabilité, de la musique. L’électronique est en ce sens un outil formidable. […] La projection du quatuor sur six ou huit haut-parleurs disposés autour de la salle signifie que le moindre son peut être amplifié et utilisé comme matériau musical. »
Alors, une matière musicale prend forme : la première vie après le néant. Terriblement libre, absolument seule : une âme dont le premier mouvement serait la naissance. Elle abandonne bientôt sa singularité pour féconder le vide : la création d’un monde. Le second mouvement fait entendre le fourmillement rythmique du vivant. L’acharnement  de l’organique : « toute vie, d’une manière ou d’une autre, se caractérise par une obsession » avance le compositeur. Le troisième mouvement est une alcôve plus obscure. En opposition à la frénésie jouissive du mouvement précédent, quelques rémanences d'éléments déjà entendus sont ici comme digérées par une sagesse inconsciente. Une musica mundana face à la vie insouciante qui, pour conclure, ressurgit avec l’intensité de toutes ses passions. Le temps du quatrième mouvement reste suspendu. De loin en loin quelques souvenirs  nous parviennent comme des interférences. Çà et là percent les rayons d’un pentatonisme mystique entre les nappes d’un silence ascétique.
L’épilogue apparaît bientôt comme une grande fresque mélodique : une clef de l’entendu. Le compositeur confie d’ailleurs : « durant la composition, une image me revenait constamment à l’esprit, celle d’un jardin paradisiaque planté de glycines jaunes et de sculptures d’oiseaux en bois. En termes bouddhistes, ce lieu s’appelle « terre pure ».

Concert SMC Lausanne: