Clocks and Clouds

pour 12 voix de femmes et orchestre
1973, György Ligeti

Dans son ouvrage L’Atelier du compositeur paru aux éditions Contrechamps, le compositeur hongrois explique que « Des nuages et des horloges » est avant tout un article du philosophe Karl Popper. En substance, il s’agit de décrire deux processus temporels présents dans la nature : « les horloges » que l’on peut mesurer précisément et « les nuages » qui échappent à la mesure pour n’être appréhendables que statistiquement.
Pour le musicologue Harry Halbreich : « Les nuages, [ce sont] la musique de matière, de timbre, de couleur, dans laquelle polyphonie et rythmes se complexifient au point de devenir “invisibles”. [...] Les horloges, ce sont ces mécaniques savantes et complexes [...]. »
Du côté de l’orchestre les rôles sont clairement établis dès les premières mesures. Les cinq flûtes, les cinq clarinettes ainsi que le chœur de douze femmes forment un ensemble basé sur une intonation mouvante au service de « textures liquéfiées » tandis que les deux harpes, le glockenspiel, le vibraphone et le célesta, dont l’accord reste fixe, leur opposent des cellules rythmiques stables.
Clock and Clouds illustre deux manières de vivre l’écoulement du temps. L’une rigide et quantifiable, l’autre tragique et insaisissable : deux aspects consubstantiels face auxquels notre perception oscille.

Source : L’Atelier du compositeur. György Ligeti. Éditions Contrechamps.

Concert SMC Lausanne: