Sonate no 2 pour violon et piano "quasi una sonata"

1972, Alfred Schnittke

La pièce commence par un accord de sol mineur, puissant et court. A l´époque (1968), c´était pour moi important. C´était ma première pièce conçue de manière totalement nouvelle, après une longue période dédiée au sérialisme. J’ai senti tout à coup que je devais écrire cette pièce sans règle constructive. C´était pour ainsi dire une révolte contre tout le reste. Entre cet accord tonal et l´accord dissonant du violon, il y a un jeu d´échange continuel, qui s’embrouille de plus en plus : la pièce semble balbutier. Et soudain vient le motif B-A-C-H, tout d´abord transposé ; la fin de celui-ci apparaît clairement comme la solution. Elle consiste en ceci que rien n´est résolu. Les 2 éléments (l´accord de 3 sons traditionnel et les sons d´ordre atonal) sont conservés et servent d´éléments contradictoires qui s’opposent de manière équilibrée. Dans cette pièce, j´ai essayé pour la première fois une manière de composition pluri-stylistique, qui devait ensuite définir un grand nombre de mes œuvres. « Pluri-style » est pour moi un jeu conscient sur les différences stylistiques, elles donnent naissance à un espace musical nouveau. Parallèlement, la forme sonate est remise en question: elle est bâtie et s’affaisse en même temps. C´est donc un rapport sur l´impossibilité d´une sonate de forme sonate (j’ai également écrit plus tard une « non-symphonie »). (Alfred Schnittke)

Concert SMC Lausanne: