Hiyoku

pour deux clarinettes
2001, Elliott Carter

Cette pièce a été composée à l’automne 2001 pour Ayako et Charles Neidich, dont les prestations avaient fortement impressionnés Carter. Le compositeur demanda à Ayako de lui fournir le titre de la pièce: elle choisit un ancien mot japonais utilisé dans la poésie (et notamment dans les haiku) signifiant deux ailes, avec la connotation de deux oiseaux volant ensemble dans le vent, ou de deux personnes traversant la vie ensemble. Carter a travaillé sur l’homogénéité de timbre des deux instruments dans le sens de ce que suggère le titre : les deux clarinettes battent des ailes en parallèle, si l’on peut dire, jouant tantôt sur la volubilité de phrases virtuoses qui parcourent l’espace en tous sens, tantôt sur la proximité au demi-ton près. Il en résulte une perception d’un temps
« ondoyant et divers », pour reprendre une expression de Montaigne que Carter affectionne tout particulièrement, qui donne l’impression qu’une longue histoire est condensée en quelques instants. Il faut aussi relever la dimension harmonique de la pièce, le sentiment d’une consonance élargie, qui confère à l’oeuvre une plénitude et une luminosité remarquables. Vers la fin, les cascades de doubles croches conduisent à des envolées presque extatiques, d’une grande sensualité. (Philippe Albèra)

Concert SMC Lausanne: