Noli me tangere

Concerto pour percussions et ensemble
2020, Isabel Mundry

Commande collective de l’Ensemble Intercontemporain (Paris), de l’Ensemble MusikFabrik (Cologne), de la Kunststiftung NRW (Düsseldorf) et du Collegium Novum Zürich, la première version de ce concerto pour percussions et ensemble a été créée quasiment simultanément à Paris et à Cologne le 16 février dernier. La version de ce soir a été remaniée, le dernier quart de la pièce ayant été recomposé depuis.
Le titre Noli me tangere fait référence à un ouvrage éponyme du philosophe Jean-Luc Nancy paru en 2003, dont le sous-titre est « Essai sur la levée des corps ». Ces paroles latines (littéralement : Ne me touche pas) sont issues de l’Evangile selon Saint Jean (Jean 20, 17) et sont prononcées par Marie Madeleine, ne reconnaissant pas Jésus à la sortie du tombeau, le jour de la Résurrection. Mais selon la compositrice « il s’agit, comme dans le texte de Nancy, moins de religion que d’une méditation autour du phénomène du toucher ». Comment sonner sans toucher ? Voilà une des questions à l’origine de cette pièce.
Atonal du point de vue des hauteurs et du rythme, le concerto exploite les capacités de résonance des instruments, ainsi que les autres moyens pour le musicien d’effectuer du son. Le concerto ne demande pas au soliste une virtuosité extrême mais plutôt une grande dextérité pour se coordonner spatialement entre les diverses percussions. Le reste de l’ensemble – bois, cuivres, piano, harpe, percussions et cordes – agit en bloc par catégorie d’instruments, lesquelles se répondent dans une sorte de souffle désertique.
En réponse au dilemme noli me tangere – un vrai paradoxe pour un concerto pour percussions ! – chaque instrument joue selon deux modes de jeux distincts : soit par le souffle, soit par le toucher. Du côté des cordes, l’emploi des pizzicati s’oppose aux trémolos en glissando descendant. Les vents procèdent par attaques ou bien par soufflets. Pour les percussions, les frappes se différencient des résonances par sympathie – verres ou cymbales vibrant à proximité du tam-tam – ou encore des respirations de l’interprète.
Après une introduction solo, le percussionniste dialogue avec l’orchestre dans une écriture de plus en plus haletante. La dernière section, nouvellement écrite, est le paroxysme de l’écriture sans contact. Les bois ne jouent plus qu’en expirant ou inspirant, les cuivres soufflent sans tonalité, le pianiste enfonce les notes sans qu’elles ne sonnent et les cordes ne jouent plus qu’à la pointe de l’archet. Le soliste et l’ensemble ne sont plus synchronisés l’espace de quelques pages.

Concert SMC Lausanne: