Afin que le lion féroce ne l'attaque pas

2021 - création, Xavier Dayer

En contrepoint de Buxtehude et inspiré par la sobriété du style cistercien, Xavier Dayer propose un « retour à l’essentiel », une quête de la ligne claire portée par un texte du même Arnulf de Louvain. Ici, le texte consiste en un réservoir originel de sonorités et de voyelles, dont l’assemblage des phonèmes tend à nous questionner sur le sens, s’il en est, du message véhiculé par les chanteurs.

Ce goût pour la poésie médiévale, il l’avait déjà montré dans Hommage à François Villon pour chœur et ensemble (1998). Plus récemment, les procédés des constructions polyphoniques d’Ockeghem ou de Josquin l’avaient inspirés pour Dans le tombeau, ô ma bien-aimée avec harpe et piano (2019).

Jouant sur la chronologie, cette pièce offre un portail temporel entre les voix médiévales – représentées par les cinq chanteurs –, les consorts baroques, incarnés par l’escouade de violes, et les formations contemporaines, par l’entremise du traditionnel quintette à vent. À ces trois ensembles s’ajoute un dernier quintette composé de deux violons, violoncelle, guitare et orgue positif, lequel constitue le « lieu des impulsions » : il contamine progressivement les trois autres ensembles.

En 2021, le compositeur genevois a vu créer pas moins de quatre de ses œuvres pour chœur, dont Le son qui se lie pour octuor vocal, cordes et positif, avec Gli Angeli déjà, en septembre dernier. Dans ses dernières œuvres pour chœur, les voix se mêlent dans un tissu brodé de subtils frottements, s’enveloppant dans les airs. Grâce à une écriture épurée, puissante par sa concision directionnelle – on peut y voir l’apport de Tristan Murail, dont il a suivi les cours à Paris –, Dayer parvient à des textures en équilibre entre mélancolie et extase, méditation et tourbillon dramatique.

Véritable cathédrale déployant ses arches entre trois temporalités, ce « rituel sonore » agit comme bouclier protecteur, afin que le lion féroce n’attaque pas les garants de ce dialogue entre les ère.

Concert SMC Lausanne: