(t)air(e)

pour flûte
1978-1983, Heinz Holliger

Cette œuvre est dédiée à Aurèle Nicolet qui l’a créée en 1983. (t)air(e) est une pièce du grand cycle Scardanelli-Zyklus pour flûte solo, petit orchestre et choeur mixte, sur des poèmes de Hölderlin.
Dans l'immobilité générale du Scardanelli-Zyklus, (t)air(e) donne libre cours aux impulsions gestuelles de la flûte, l'instrument de Hölderlin. Le geste dans (t)air(e) est aussi le souffle, longtemps contenu puis exhalé, avec violence, ou au contraire au bord du silence. La flûte se meut aux frontières de sa tessiture, depuis le suraigu des whistle-tones jusqu'à son registre grave, décuplé par la voix de l'interprète. Une écriture qui tend vers les marges de l'espace sonore. La poésie déconstruite, reste l'essence : le souffle. Lorsque le langage est décomposé, lorsque le compositeur le fait (t)air(e), il ne reste plus qu'un souffle. Comme l'explique Jean-Louis Tristani, il suffit de soustraire la parole du chant pour obtenir la composante libidinale respiratoire : le respir. Saisir ce «retour du souffle» (Atemwende), cette brève césure avant la volte-face, entre l'expir et l'inspir, c'est ce que tente de faire Holliger. Le flûtiste de (t)air(e) se livre à une véritable étude respiratoire. (Heinz Holliger/Peter Szendy)

Concert SMC Lausanne: