Sonatine

pour flûte et piano
1946, Pierre Boulez

C’est la plus ancienne oeuvre considérée comme «aboutie» par Pierre Boulez, qui venait alors de terminer ses études de composition au Conservatoire. Formellement, elle se réfère explicitement à la Symphonie de chambre opus 9 d'Arnold Schoenberg ou plus exactement à la synthèse que celle-ci réalisait entre la forme en un mouvement unique, et les quatre volets de la symphonie classique (allegro - mouvement lent - scherzo - finale), ces mouvements étant non seulement enchaînés sans transition, mais encore unifiés par la circulation de divers thèmes parmi les différentes sections. Si Pierre Boulez se déclarait impressionné par ce travail, il se sentait en même temps très loin du langage post-romantique de la Symphonie, auquel la Sonatine ne doit rien. La Sonatine est une oeuvre tendue, à la sonorité souvent agressive, manifestant déjà la vivacité rythmique et la variété instrumentale dont le compositeur a toujours été coutumier. Elle fut commandée par Jean-Pierre Rampal, qui ne la joua cependant jamais. Elle débute par une introduction lente, sorte d'improvisation de la flûte en motifs fugitifs, sur de longs accords du piano, et que l'on pourrait rapprocher de celle du Merle noir d'Olivier Messiaen, de cinq ans postérieur. Le premier mouvement, très heurté, place les deux instruments sur un pied d'égalité, procédant en courts éclats incisifs. Une conclusion très aiguë mène au mouvement lent, basé sur un trille continu, d'abord au piano, la flûte trouvant alors des inflexions plus mélodiques, puis en alternance aux deux instruments. L'apparition, à la flûte, d'un motif caractéristique de deux notes répétées et staccato annonce le scherzo, où cet élément sera omniprésent et où l'on notera un important travail sur les intensités. Le scherzo est interrompu un instant par le trio, plus modéré, où divers motifs de la flûte sont ponctués par d'agressifs accords du piano. Le retour au scherzo est suivi d'une transition plus fluide, où l'écriture assouplie de la flûte annonce un peu celle du Marteau sans maître, et qui, en un crescendo progressif, mène au Finale qu'ouvre un violent solo du piano, interrompu un instant par un dialogue plus modéré des deux instruments. Le discours s'accélère ensuite régulièrement, aboutissant à un mouvement quasi continu des deux instruments, conclu par de grands accords très dissonnants. Suit alors une courte coda, récapitulant divers éléments de l'oeuvre (trille du mouvement lent, conclusion du trio et de l'introduction, et finalement le motif de deux notes du scherzo, violemment «jeté» par les deux instruments). © Jacques-Marie Lonchampt, Ircam - Centre Pompidou, http://brahms.ircam.fr

Concert SMC Lausanne: