O Wall

pour quintette à vents
1976, Betsy Jolas

La pièce doit son titre à un passage du Songe d'une nuit d'été de Shakespeare. Cette démarche suit celle de pièces précédentes, How Now pour octuor et Well Met pour douze cordes, qui s'appuyaient déjà sur l'évocation du théâtre shakespearien. L'idée de lier l'écriture intimiste pour des formations de chambre à un argument littéraire n'est pas nouvelle. Elle a fait son apparition dans l'époque romantique, et l'un de ses sommets est la Nuit transfigurée de Schoenberg. Ce qui importe ici pour Betsy Jolas, c'est de substituer à une construction musicale en soi, qui reposerait sur des critères purement formels, une construction fondée sur l'expression. Ainsi les cinq instruments renvoient-ils à tour de rôle aux cinq personnages d'une scène théâtrale. La compositrice a d'ailleurs sous-titré sa pièce «opéra de poupée», insistant sur la stylisation des mouvements expressifs qui s'y déploient. Dès le début, ce sont des lignes de chant dans un registre étroit, sortes de lamentations utilisant  les quarts de tons, où le cor joue la partie principale. Chaque section est caractérisée par un type d'écriture ou un tempo, et s'enchaîne librement à la précédente, en toute liberté et sans violence.
Cette pièce, achevée en mai 1976, fut écrite à la demande de la Fondation Koussevitzky, qui attribuait en même temps un prix à la compositrice. Elle fut créée à New York le 5 novembre de la même année par la «Chamber Music Society» au Lincoln Center ; elle est dédiée à la mémoire de Serge et Nathalie Koussevitzky. (Philippe Albèra)

Concert SMC Lausanne: