Wanderlied

pour violoncelle et 15 instruments
2002, Betsy Jolas

Ecrit en 2002 pour un violoncelle solo et quinze instruments (flûte en sol, cor anglais, clarinette et clarinette basse, basson, cor, trompette, trombone, percussion, piano, et quintette à cordes), le titre de l'œuvre provient d'un poème du père de Betsy Jolas, Eugène Jolas, intitulé Wanderpoem.
Cette pièce composée pour la violoncelliste Sonia Wieder Atherton et le Nouvel Ensemble Moderne de Lorraine Vaillancourt, qui la créèrent, est une sorte de «chant sans parole » où la musique concentre toute l'expressivité des mots tus. « Il faut imaginer une conteuse sans âge, errant au fil de sa vie, seule à savoir qu'au creux de cet accord toujours recommencé se niche le secret d'un être cher. On entend alentour ceux qui l'aiment et ceux qui ne l'aiment pas». (Betsy Jolas)
La pièce est donc le parcours d'une errance, d'une quête sans fin. Dès le début s'installe un climat très intérieur, le violoncelle prenant la parole sur les sonorités contrastées du violon dans l'aigu et de la trompette bouchée. On s'attend à un chant largement déployé, mais l'invocation lyrique débouche au contraire sur des brisures, des fragmentations. La couleur d'ensemble, avec une prédominance des vents médiums et graves, est plutôt sombre ; elle a quelque chose d'oppressant, dont le violoncelle ne parvient guère à se dégager, sinon dans quelques échappées vers des sonorités plus lumineuses. On imagine sans peine la conteuse, évoquée par Betsy Jolas, poursuivant un monologue intérieur fait d'angoisses, de souffrances, de nostalgie et d'illuminations, mais aussi de révoltes, d'élans sauvages qui culminent dans une fausse fin en éclat, suivie d’une brève coda. La pièce, d'un seul tenant, suit ainsi une courbe linéaire jusqu'à son épilogue, du lyrisme initial à la violence finale, comme une sorte de grand crescendo composé. (Philippe Albèra)

Concert SMC Lausanne: