The King of Denmark

pour percussion
1964, Morton Feldman

«Je me souviens avoir écrit The King of Denmark sur la plage, sur la côte sud de Long Island. Je l'ai écrite en quelques heures, assis confortablement sur la plage. (...) Et je peux décrire les circonstances de la composition – ces espèces de bruits sourds d'enfants, de transistors et de conversations d'autres estivants sur leur serviette de bain. Je veux dire, ces espèces de bribes. J'étais très impressionné par les bribes, par ces choses qui ne durent pas. Ce qui se passait autour de moi est devenu une image de l'œuvre. Pour souligner cette image, j'ai eu l'idée d'utiliser doigts et bras et de me débarrasser des mailloches là où les sons ne sont qu'éphémères, disparaissent et ne durent pas très longtemps. Tout le monde s'interroge sur le titre, mais celui-ci est vraiment venu après l'œuvre. Il y avait l'idée de calme, de finitude, de vagues regrets que les choses ne durent pas. Je ne sais plus comment est venue la métaphore plus sérieuse, The King of Denmark. On se souvient que le roi du Danemark sortit dans les rues de Copenhague en arborant l'étoile de David que les Juifs devaient porter à leur bras. C'était une véritable protestation silencieuse. Il ne faisait que marcher et ne disait rien. Je ne me souviens plus du lien entre la plage et cette histoire, mais il y en avait un très étroit dans mon esprit à ce moment-là». (Morton Feldman)

The King of Denmark retourne temporairement, au milieu des années soixante, à la notation graphique. Cette œuvre pour percussion seule, écrite en 1964, utilise différents instruments: cloches, peaux, cymbales, gongs, timbales, triangle; mais le musicien ne joue qu'avec ses doigts, ses mains et ses bras. Des symboles graphiques désignent les différents types de sons, ainsi que les registres, beaucoup d'éléments restant du ressort de l'interprète. Toute la pièce est jouée dans une dynamique égale, très faible, en contraste avec la plupart des pièces pour percussion, qui ne se retiennent guère devant la possibilité de sonorités explosives et de rythmes puissants. (Philippe Albèra)

Concert SMC Lausanne: