Concerto lirico

pour voix, violoncelle et percussion
1995, Eric Gaudibert

C’est une œuvre pour une femme, pour une chanteuse, qui est non seulement une voix, mais toutes les voix ; une femme tour à tour accusatrice, pieuse, passionnée, mystique, lyrique, tendre, sarcastique,… Les poèmes sont en français, italien et allemand et ont été écrits entre le 14e et le 17e siècle. La conception de Concerto lirico est liée à la notion d’un espace à occuper dans ses divers lieux, il se joue dans un espace suffisamment grand (en hauteur et en profondeur) pour que la soliste puisse se placer dans six endroits différents ; elle est tour à tour visible, invisible, devant, derrière, au-dessus du public. Cela peut se passer dans une église, un théâtre ou s’adapter à un autre lieu de ce type. La percussion occupe trois places différentes ; le violoncelle est le personnage fixe.
Cette œuvre a été commandée en 1995 par les Quaderni Perugini di Musica Contemporanea, c’est donc en Italie qu’elle a été créée la même année.
Quatre siècles de poésie sont résumés dans les dix textes qui constituent la matière du Concerto lirico. Ces textes, inspirés par les grands thèmes qui préoccupent l’homme : Dieu, l’amour, la mort, déterminent la forme de l’œuvre. Au début du 17e siècle, au moment où la musique vit la révolution baroque, naît le concerto : œuvre vocale avec accompagnement d’instruments. Le Concerto lirico en est une sorte de microcosme.
Les deux textes d’Agrippa d’Aubigné, un des plus grands poètes épiques de la langue française, démontrent avec éclat comment leur auteur, protestant militant, se servait de sa plume comme d’une épée. Le premier texte « Je veux » est une imprécation à l’adresse des tyrans. Le second, « Tout-Puissant » est une louange impétueuse à Dieu, au service de qui il écrit.
Les quatre textes allemands sont très contrastés. Le plus ancien est une Ballade anonyme sur le thème médiéval de la Faucheuse « Es ist ein Schnitter ». Le poème de Martin Opitz, sur l’amour et la fuite du temps, prend pour modèle la poésie de Ronsard « Ach, Liebste ». Les deux derniers textes allemands ont été écrits par des personnages hors du commun. Le sonnet « Schwing dich » a pour auteur une femme, Catharina von Greiffenberg, qui dédia toute sa vie à la célébration de Dieu. Ce poème intitulé « Exigence de l’éternité » témoigne d’un mysticisme proche du délire. C’est dans un langage de dérision, illustré par des images très colorées et quelquefois même saugrenues, que Quirinius Kuhlmann, poète hérétique et martyr, écrivit le sonnet « Le monde, supplice de l’amour » (dont nous avons ici trois strophes) « Was bist du ? ». Dans le Concerto lirico ce poème, parlé, est utilisé comme refrain.
Les quatre poèmes italiens sont essentiellement lyriques. Le sonnet de Pétrarque « Padre del ciel » est récité comme une prière. Le poème d’amour de Marino « Miro, rimiro » occupe la place centrale dans le Concerto lirico, tandis que le texte de Strozzi « Dolcissimo riposo » est une musique apaisée, bercée par un rythme de barcarolle. En conclusion, le sonnet de Laurent de Médicis « O veramente felice e beata » nous émerveille comme la contemplation de l’éclat d’une perle rare et pure. (Eric Gaudibert)

Concert SMC Lausanne: