Liaison pour clarinette, violon, violoncelle et piano

2008, Isabel Mundry

La formation, déjà utilisée dans une pièce antérieure (D’où venons-nous ? Qui sommes-nous ? Où allons-nous ?) rappelle celle des quatuors de Hindemith, Messiaen et Takemitsu. Mais ici, Isabel Mundry ne s’appuie pas sur des éléments extra-musicaux: elle pose au contraire la question du sens intrinsèquement musical, sous la forme des liens entre les notes, les idées ou les timbres. C’est peut-être pourquoi les quatre instruments sont traités comme un seul corps sonore, jouant les mêmes phrases et figures ensemble (dès lors, la clarinette ne se distingue quasiment pas des autres instruments). C’est peut-être aussi pourquoi l’écriture ne réclame guère de modes de jeu différenciés. La compositrice s’attache à des questions fondamentales dans l’ordre de la composition, comparant même son travail, en l’occurrence, à celui d’un géologue: «comment deux sons peuvent-ils tenir ensemble, que signifie le proche et le lointain, qu’est-ce que le lien ou l’absence de lien ?». S’il y a synchronisation entre les différents protagonistes, les phrases, elles, sont articulées par des groupes rythmiques irréguliers, créant une sorte de rubato écrit : écriture souple à l’intérieur de laquelle émergent des récurrences et des insistances, comme des scansions. La musique se dépouille de toute ornementation, de toute virtuosité, de tout effet, comme on peut le voir dans la troisième partie notamment. L’écriture du piano, très harmonique, utilise des accords construits de façon presque classique. Formellement, l’oeuvre se présente comme un work in progress appelé à se développer à partir de l’idée centrale de liaison, qui fonde le sens musical : celle de note à note, mais aussi celle de mouvement à mouvement. L’ordre des pièces, comme leur nombre, n’est pas encore complètement fixé à ce jour. (Philippe Albèra)

Concert SMC Lausanne: