Trio à cordes

1997, William Blank

L'épaisseur harmonique poignante de cette pièce ne laisse presqu’aucune place à l'irruption de la lumière, même si, vers la fin, on perçoit deux brèves éclaircies aussitôt voilées par une descente vers l'obscurité finale: c'est la voix rauque et mélancolique de l'alto, entrecoupée par d'ultimes soubresauts, qui conduit jusqu'au silence. Toute la pièce repose sur des mouvements frénétiques, des trémolos violents, des rythmes décalés, des écarts mélodiques tendus, des blocs d'accords dissonants, des élans brisés qui ne parviennent pas à s'intégrer dans une continuité conventionnelle: l'œuvre est déchirante de part en part. Sa loi formelle, ce sont les brisures, réalisées par des crescendos poussés au maximum de l'intensité, des gestes cadenciels rageurs, de nombreux points d'orgue qui nous laissent en suspens, et de brefs silences qui articulent le discours; chaque moment est mené à son paroxysme, comme s'il voulait défier les limites de l'expression. La densité d'écriture se substitue à toute notion d'équilibre et d'homogénéité. Même la partie lente, au centre de la pièce, possède une noirceur inquiétante. L'écriture, tirée vers le registre medium-grave, donne l'impression d'une sonorité d'alto agrandie, où les tierces superposées, débouchant sur des accords de six sons pathétiques, enregistrent comme en négatif l'énergie accumulée jusque-là : musique de l'ombre, lamentation où le sujet, comme à bout de souffle, maintient encore son besoin de dire. (Philippe Albèra)

Concert SMC Lausanne: