Gefächerter Ort

pour violon et ensemble
2007, Isabel Mundry

L’oeuvre, nous dit la compositrice, a été stimulée par les peintures de Cézanne, par leurs « relations subtiles entre sujet et couleur, objet et paysage. À travers le passage d’un contenu pictural identifiable à une structuration autonome, cette peinture devient un lieu polyvalent, l’espace s’articulant moins à travers les techniques classiques de la perspective qu’à travers les relations entre les taches de couleurs, qui font émerger la perception du net et du flou, du clair et du sombre, du proche et du lointain, les tableaux s’étant délivrés de l’objet reconnaissable ».
Cette relation entre la structure sonore et son contexte spatio-temporel a conduit Isabel Mundry à imaginer un dispositif instrumental composé de groupes de timbres hétérogènes: flûte, cor anglais et clarinette basse/contrebasse constituent un premier groupe ; flûte, hautbois, clarinette et basson un deuxième; un troisième groupe réunit le cor, les deux trompettes, le trombone, les deux percussions et la harpe ; le quatrième groupe est formé des deux violons, de l’alto et du violoncelle; enfin, un alto, un violoncelle et une contrebasse constituent le dernier groupe. Toutefois, l’écriture ne joue pas directement sur cette répartition des timbres, par exemple dans des jeux d’oppositions. La recomposition de l’unité instrumentale vise au contraire des différenciations fines, au-delà des hiérarchies traditionnelles et des liens «naturels » entre les instruments d’une même famille. Le violon solo est lui- même traité de manière inhabituel dans le cadre d’un concerto: il ne domine  jamais, n’a rien d’héroïque, mais se présente plutôt comme une voix singulière, parfois au premier plan et souvent absorbé par l’ensemble ; à la fin, il se retrouve seul dans un grand épilogue qui prend l’aspect d’un moment de réflexion, d’un commentaire.
La forme concertante, repensée, permet en réalité de poser la question de l’espace, qui tout à la fois entoure et produit ce qui constitue son élément central. L’ensemble est traité comme s’il s’agissait de choeurs instrumentaux qui s’agglutinent et se différencient les uns les autres ; les sons graves y jouent un rôle essentiel, notamment à travers l’utilisation importante de la clarinette contrebasse, de même que l’utilisation du souffle y apparaît comme un élément organique. La pièce est d’un seul tenant. Après une première période très dense, qui aboutit à des figures répétées fortissimo, la deuxième partie, contrastante, est plus statique, avec une sonorité diaphane, en creux, et des gestes fragmentaires qui sonnent comme des échos de la première partie. À la fin, on entend de véritables inserts de la première partie, avant la grande monodie du violon solo. (Philippe Albèra)

Concert SMC Lausanne: