Second piano sonata "Concord, Mass, 1840-1860"

pour piano
1919-1920, Charles Ives

Une erreur communément commise, quand on parle de la musique d’Ives, consiste à la réduire à ses innovations. Sous prétexte qu’il a employé, avant tout le monde, la polytonalité et la polyrythmie, le cluster et le quart de ton, et jusqu’aux séquences aléatoires, on en fait un précurseur et on le tire du côté de l’avant-garde. C’est d’abord ramener C. Ives à des normes « européennes » auxquelles il entendait demeurer étranger, autant par paresse ou indifférence, que par nationalisme. Et c’est feindre d’ignorer, surtout, qu’il a revendiqué, tout au long de sa vie de compositeur (délibérément et définitivement arrêtée en 1926), tout le possible musical, ce qui revient à dire que les styles les plus divers, les plus improbables, se mêlent à chaque instant dans sa musique, sans préférence aucune et sans discrimination. D’une gestation longue et complexe (1911-1915) cette sonate a été publiée par l’auteur à ses frais en 1920 avec un volumineux commentaire intitulé « Essays before a Sonata », dans lequel Ives présente la partition comme « un ensemble de quatre pièces, appelé sonate à défaut d’un nom plus adéquat, puisque la forme, peut-être même le matériau, ne le justifie pas ». Ces « Essais » se veulent une « tentative pour montrer les impressions de quelqu’un sur l’esprit du Transcendantalisme qui, dans la pensée de beaucoup, est associé à la ville de Concord d’il y a plus d’un demi-siècle. Très attaché à ce mouvement philosophico-religieux qui postulait que toute expérience peut mener à une connaissance de l’Univers, Ives consacre chacun des quatre mouvements aux personnalités les plus représentatives de cette pensée : Emerson, Hawthorne, Alcott et Thoreau, en précisant pour les mouvements extrêmes, qu’ils ne visent pas à illustrer la vie ou quelque œuvre que ce soit de ces auteurs, mais plutôt des « images composites ». Créée en 1939 dans son intégralité par John Kirkpatrick, la Concord Sonata a subi en 1947 une importante révision proposant une version très différente d’ « Emerson » : acte symptomatique de ce mi-chemin entre « ouverture » et « détermination » dont Halloween (1906), dans laquelle Ives demandait aux instrumentistes de choisir entre plusieurs tempos et dynamiques, était déjà une illustration prémonitoire. L’exécution de la Concord Sonata n’est pas loin d’atteindre une durée de cinquante minutes.

Concert SMC Lausanne: