Trois strophes sur le nom de Paul Sacher

1982, Henri Dutilleux

En 1976, Mstislav Rostropovitch demande à douze compositeurs, dont Henri Dutilleux, d’écrire chacun un hommage pour violoncelle seul sur les lettres du nom Sacher, à l’occasion du 70e anniversaire de Paul Sacher. En 1982, Henri Dutilleux donne un prolongement à son hommage en y ajoutant deux autres pièces : « Ces trois strophes sont nées d’un besoin et non d’une véritable commande ». Cette courte suite de trois mouvements Un poco indeciso, Andante Sostenuto, Vivace, est élaborée à partir de trois éléments générateurs : le violoncelle, le nom de Sacher et le principe de la strophe. Le violoncelle est un instrument privilégié dans l’œuvre de Dutilleux, jusqu’ici son emploi le distinguait dans l’orchestration, puis en confrontation avec l’orchestre dans le concerto Tout un monde lointain… et en musique de chambre. Ce solo permet de mettre particulièrement en évidence toute l’éloquence de son timbre, ainsi que les spécificités de son univers sonore avec une particularité : les deux dernières cordes sont accordées différemment de l’accord traditionnel, de ce fait le registre grave de l’instrument se trouve prolongé, et l’espace sonore agrandi. L’hommage à Sacher est doublement présent. D’abord par les six lettres S.A.C.H.E.R. traduites musicalement, selon la notation germanique. Puis, par la brève citation, à la fin de la première strophe de la Musique pour cordes, percussion et célesta de Bartok, que Paul Sacher commanda et dirigea pour la première fois à Bâle en 1937. Le principe de la strophe est un élément structurel, il est exprimé par une idée de retour, de rime, confiée aux six notes S.A.C.H.E.R. liens entre chaque strophe, et élément-référence, rime qui trouve son écho dans des procédés contrapuntiques de miroir, ou dans un jeu de résonance avec des éléments temporaires mis en relief par leur dynamique. Enfin la coupe de la phrase, brève, incisive, souvent terminée par un trait rapide quasi cadenza qui lui donne un lyrisme particulier. Si la strophe donne forme au poème et libère l’expression de son lyrisme, ici, le violoncelle se fait lyre, du compositeur et de l’interprète, car ces trois strophes sont oeuvre de virtuose dans le sens le plus créatif du terme : établir à travers la hardiesse de la technique instrumentale, la prépondérance du discours musical.

Concert SMC Lausanne:

  • Lundi 4 mai 2009 (Saison 2008-2009)
    Sonia Wieder-Atherton + lire
    Oeuvres de Györgi Kurtág, Pascal Dusapin, Luciano Berio, Henri Dutilleux, Giacinto Scelsi et anonymes