Sonate pour alto solo

1955, Bernd Aloïs Zimmermann

L’intérêt des compositeurs de la première partie du vingtième siècle pour l’alto est sans comparaison possible avec le reste l’histoire de la musique. Il faut croire qu’à l’heure du timbre et des textures, son  grain obscur et sa chair séduisent. Cette sonate assume une manière nouvelle d’écrire pour cet instrument. Bernd Aloïs Zimmermann la pense comme un requiem qui se décline en douze périodes. Sa fille Barbara décédée peu de temps après sa naissance laisse le marque d’une empreinte extrêmement tragique. En exergue de la partition, on peut lire : « ...an den Gesang eines Engels »  [… au chant d’un ange]. Si la référence au Concerto « À la mémoire d’un ange » d’Alban Berg est flagrante, la dramaturgie de l’écriture s’en démarque par le fait qu’il s’agit ici du chant de l’ange et non de l’évocation de son souvenir. Cela est particulièrement concret dans la dernière partie de la Sonate qui évoque le choral luthérien Gelobet seist du, Jesu Christ traité en canon. Comme l’explique très bien le musicologue suisse Roman Brotbeck : « La partie lente du canon commence sur un la bémol, doublé par la partie rapide composée sur le ré, la note qui pour Zimmermann signifie le destin et la mort. Par la suite, la mélodie est arrangée en strette, évoquant une sorte de chœur d’altos, et ce exactement aux paroles “des freuet sich der Engel Schar“. »
Cette sonate est un deuil ; celui d’un père pour son enfant défunt et qui n’est pas sans rappeler le contexte dans lequel écrivait parfois le compositeur de la Suite n°3 en do majeur BWV 1009.
 

Concert SMC Lausanne: