Trois esquisses japonaises op. 72

pour harpe
1985, Julien-François Zbinden

Au cours d'un voyage au Pays du Soleil Levant en mars et avril 1980, le compositeur visita un certain nombre de sites historiques appartenant au patrimoine culturel japonais. Trois d'entre eux ont servi de support imaginatif à la composition du tryptique dédié à cet instrument fondamentalement diatonique qu'est la Harpe à double mouvement. Il lui a paru utile de les présenter brièvement.
I. KAMAKURA
Kamakura est une ville située à 40 kilomètres au sud de Tokyo. Elle abrite un Bouddha monumental - actuellement en plein air mais primitivement à l'intérieur d'un temple détruit de nombreuses fois par le feu - pesant 103 tonnes et mesurant 13 mètres de haut. Il fut érigé en 1292. On raconte qu'une grande partie des cloches des temples de l'époque ont été fondues pour fournir le bronze nécessaire à l'édifice de cette statue dont on ne se lasse pas d'admirer la force tranquille, la sérénité, et surtout le mystère de ce regard tout à la fois intérieur et contemplatif de l'invisible et de l'infini.
II. MIYAJIMA
D'une circonférence de 31 kilomètres, Miyajima est une petite île baignant dans la baie d'Hiroshima. Sur sa côte nord, face à la ville-martyre, on découvre le sanctuaire d'Itsukushima, dont la construction a commencé en 592. Il est dédié à la religion shintoïste. Les bâtiments de bois recouverts de chaume sont en majorité peints en rouge. La plupart sont implantés sur l'eau, de même que le célèbre grand Torii, superbe portique émergeant à une centaine de mètres au large et représentant l'entrée du temple. C'est un lieu très fréquenté par la population japonaise et où il règne, malgré une foule qui peut être très dense, une douceur de vivre et une sérénité dues aussi à la présence apaisante et affectueuse de nombreuses biches qui gambadent dans les marées montantes et descendantes, et qui se mêlent au public en toute liberté.
III.    HIMEJI
A 80 km à l'ouest de Kyoto, la ville d'Himeji est dominée par un superbe château-fort datant de 1333. L'actuelle structure résulte d'une reconstruction située entre 1601 et 1610 et a demandé un effort se chiffrant par 50 millions de journées/homme. Cet impressionnant édifice, construit en terrasses, aux toitures élégamment incurvées vers le ciel et dont la surface diminue progressivement jusqu'au faîte, est peint en blanc, couleur de mort au Japon. Par chance, ce trésor national survécut au désastre de la Deuxième Guerre Mondiale. Il comporte un musée historique exposant notamment de nombreuses armures des shoguns et de leurs soldats, dont l'aspect terrifiant devait certainement faire partie de l'arsenal dissuasif destiné à l'ennemi.

Il faut rappeler que cette oeuvre a été commandée par l'Association des Musiciens Suisses à l'intention du 42ème Concours International d'Exécution Musicale de Genève 1986, pour servir de morceau imposé pour la Harpe. Elle est publiée aux Editions Gérard Billaudot à Paris.

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