Douze notations

pour piano
1945, Pierre Boulez

Longtemps maintenue cachée, cette oeuvre pour piano a refait surface dans les années quatre-vingts, témoignant pour le jeune Boulez : elle fut en effet composée en 1945, alors que le compositeur terminait ses études. C’est une suite de douze pièces brèves organisées avec une grande rigueur : chaque pièce compte douze mesures et utilise la même série de douze sons, traitée selon un principe circulaire (la première pièce commence avec la première note de la série, la seconde avec la deuxième note, etc.). On reconnaît déjà les traits stylistiques que Boulez développera plus tard sur une plus large échelle (il a d’ailleurs repris ces Douze Notations pour en faire le point de départ d’oeuvres orchestrales somptueuses, un projet qu’il avait déjà ébauché en 1946). Le langage est fondé sur des cellules de hauteurs et de rythmes traitées sous forme résonante ou au contraire dans une écriture abrupte, pulsée, violente même, sur l’exploration des registres et des qualités acoustiques de l’instrument, ainsi que sur les résonances. L’alternance entre des pièces intériorisées, méditatives, et des pièces vives, exubérantes, est typique du compositeur. On y perçoit encore l’influence du Schoenberg atonal et du Jolivet de Mana, que Boulez cherchera par la suite à effacer. Il avait repris certains passages dans les interludes instrumentaux de sa première Improvisation sur Mallarmé, plus tard intégrée à Pli selon pli. (Philippe Albèra)

Concert SMC Lausanne: